Arguments

Publié le 29 Février 2016

A la recherche du temps perdu

Le temps est un capital qui s’épuise sans bruit. Un jour viendra où nous n’aurons plus de temps.

Notre erreur est de nous croire éternels et d’imaginer que le temps est inépuisable ;

Alors nous perdons notre temps dans l’ennui, les regrets. Nous gaspillons le temps à des œuvres futiles ou négatives.

Nous nous évertuons à être objets du regard des autres, de la comparaison avec d’autres.

Nous nous érigeons en référence de l’intelligence, de la vertu et du bon goût et s’il advient que nous soyons mis en cause alors nous continuons à perdre notre temps dans l’amertume, la colère, le désir de vengeance.

Que de temps perdu à oublier la chance infinie que nous avons d’être le sujet de notre vie, de choisir ce qui nous grandit, nous cultive, nous émeut. Que de temps gaspillé à nous complaire dans la jouissance morbide du spectacle des turpitudes du monde, à lire des condensés de rencoeur, à regarder des fictions ou des réalités de violence et de mort.

Que de richesses dans notre esprit, dans nos souvenirs, notre expérience, notre entourage qui seront perdues et qui ne demandent qu’à être léguées dans une écriture qui continuera notre mémoire auprès de nos enfants !

Pourtant le monde est rempli de merveilles inconnues de nous, les bibliothèques croulent sous les livres admirables que nous n’aurons jamais le temps de lire, et, à portée de notre regard et de notre cœur, vivent des êtres chers qui ne demandent qu’à être accompagnés et aimés ou des inconnus qui peuvent nous étonner par leurs richesses cachées.

Un jour, c’est certain, il sera trop tard.

Peut-être nous dirons-nous « Le temps de ma vie était trop court et j’en ai trop perdu en occupations dérisoires »…

A qui appartiennent nos enfants ?

Les sujets de société s’invitent désormais dans les écoles. La sexualité devient matière à enseignements au même titre que le français, les mathématiques, les sciences naturelles, les langues vivantes…

Mais si les matières citées constituent des disciplines dont le contenu fait généralement consensus, d’autres peuvent être présentées de manière contestable et en opposition avec la morale, l’éthique ou les convictions des familles… Ainsi des conceptions s’opposent entre les acteurs de l’éducation des enfants . Ce qui est dit à la maison est parfois contredit à l’école.

Un Ministre de l’Education National peut-il ériger en vérité à croire et à enseigner des théories débattues et contestées dans la société. Le contenu des programmes scolaires peut-il battre en brèche l’héritage spirituel et morale des familles et garantir du sceau de la vérité des modèles de société qui ne sont pas également partagés dans la nation et les pays jouissant d’une civilisation analogue ?

Aimer

Aimer….quel mystère ! Nous n’avons qu’on mot pour ça ; les espagnols en ont trois, mais savent-ils mieux que nous ce qu’est l’amour ?

Et si nous revenions à des idées simples ?

Aimer n’est-ce pas entrer dans une relation d’affinité, de complémentarité, de bien être ? N’est-ce pas une volonté de bien, de bien.. . veillance ?

Mais l’amour serait-il gratuit pour autant ?... Surement pas. Dieu seul est gratuit.

Même les actes de charité ne sont pas gratuit car ils répondent toujours à un sentiment qui le précède : Une adéquation à la foi, une sentiment de compassion, une démarche philosophique ou politique…

Donc l’amour doit être dans la réciprocité. Sans retour, il n’y a pas d’amour durable ou plus précisément, l’amour est inachevé, handicapé. On peut continuer à faire la charité à de êtres frustres, indifférents et ingrats… mais le retour est quand même là dans la relation de Celui au nom duquel on fait la charité.

L’idée de l’amour exclusif, total et éternel me parait un concept merveilleusement romantique.

Nous vivons dans notre vie des milliers d’histoires d’amour : une mère , un père, des frères, des copains, des amis, des êtres qu’on croise, des hommes des femmes, des chefs, des collègues, des élèves, des maitres, des subordonnés…. C’est toujours un échange, une réciprocité, une complémentarité même si l’histoire et son contenu sont toujours différents et singuliers.

Mais comme tout chose vivante, chaque histoire a une naissance, une croissance et une fin.

L’éternité n’appartient qu’à Dieu. Nous sommes fragiles, mortels, faillibles mais pour autant il serait bien injuste de dire que chacune ne nos histoires ne soit pas belle, sincère, merveilleuse.

La fragilité, c’est tout à la fois notre beauté, notre nature et notre faiblesse.

Apprendre à penser

A écouter de qui se dit, ce qui se lit et ce qui s’entend, on est souvent étonné de l’incohérence de propos souvent dictés par des a priori ou des émotions qui polluent le raisonnement.

Les jugements de nombre de ceux qui s’expriment, souvent de façon péremptoire, ne manifestent que les effluves de la colère ou de la haine ou de la passion loin de la justesse d’un raisonnement rigoureux.

Rien ne peut sortir de bon des tenants d’un parti adverse ; Tout ce qui vient de ceux qui nous sont proches est a priori crédible et sans défaut. Les réflexions qui nous sont soumises sont moins des raisonnements que des prises de parti. L’argument le plus commun consiste à discréditer un auteur sans analyser ses propos. L’annonce qu’il est de droite, de gauche, communiste ou catho, professeur agrégé , philosophe ou charbonnier préjuge déjà ce qu’il va dire de façon négative ou positive.

Le mal le plus insidieux et le plus pernicieux n’est pas dans l’ignorance du savoir mais dans l’incapacité de réfléchir objectivement et de bien raisonner.

Or, le « bien penser » ne dépend pas de la culture, ni de l’intelligence mais de l’aptitude à se libérer de sa subjectivité, de ses passions, de son parti pris pour soumettre un fait ou une idée à la seule analyse de sa raison.

Les discussions publiques d’hommes politiques sont fréquemment entachées d’une malhonnêteté intellectuelle dans la volonté de s’arroger toutes les vertus et de ne reconnaitre que des erreurs ou des fautes chez les adversaires.

Bien penser , c’est accepter de ne choisir que ce que la raison aura reçu pour vrai ou logique ou cohérent.

C’est là le signe d’une vraie liberté car il convient de se défaire d’un environnement social, affectif, historique parfois pour privilégier ce qui est juste, vrai ou bon au risque de se trouver en contradiction avec ses certitudes.

Mais pour bien penser, il faut aussi une grande humilité, c'est-à-dire un dépouillement intérieur pour admettre qu’une différence peut l’emporter sur ses préférences et que la vérité exige parfois le renoncement de confortables certitudes…

Aptitude au bonheur

L’utopie de l’égalité fait l’objet de débats récurrents et inutiles. La vie est inégalitaire. La ligne de départ de chacun est toujours située avant ou après d’autres lignes et cette différence est toujours corrigée par la vitesse et l’ardeur de ceux qui ont l’ambition de rattraper leur retard.

Pourtant, les plus grandes inégalités ne se situent pas dans la naissance, la fortune, l’éducation…

C’est dans l’aptitude au bonheur que nos différences sont les plus grandes, les plus injustes parfois.

On associe généralement le bonheur à la réussite, à la fortune, au pouvoir, à la célébrité…dans une fausse équation qui ferait dépendre notre équilibre intérieur et l’harmonie de notre vie, d’éléments aléatoires et superficiels qui ne constituent à la vérité que des leurres artificiels et éphémères.

Si nous pouvions établir une échelle du bonheur, nous serions surpris de découvrir un palmarès d’où seraient absents les riches et les puissants.

L’aptitude au bonheur est-elle pour autant offerte à chacun de façon égalitaire ?

Il faut bien reconnaitre que non. De grands malheurs, des handicaps, une pauvreté extrême, la solitude détruisent ou altèrent la capacité à vivre dans la sérénité.

Mais même à situations comparables, nous ne réagissons pas de façon comparable aux aléas de la vie. Il semble que chacun soit doté d’une aptitude au bonheur qui lui soit très personnel.

Don inné ou vertu acquise ? Sans doute un peu des deux. Pourtant, une assez longue expérience de la vie a fini par me persuader qu’on finit par aimer ce vers quoi l’on rame ; que le bonheur se cherche et se mérite ; qu’un regard objectif capable de relativiser les situations et les faits épargne bien des désespoirs inutiles.

J’ai perdu souvent mon temps et mon énergie à m’émouvoir avec excès de situations qui se sont finalement révélées insignifiantes… Mais peut-être fallait-il que je vive assez longtemps pour m’en apercevoir ?

Je vous souhaite ( égoïstement ) d’être heureux car je sais que le bonheur est contagieux et j’attends des autres quelques retours sur investissement.

Art de la manière

Dans un précédent échange, nous discutions sur la liberté de tout dire dans les forums bien sur, mais aussi dans les relations personnelles et dans la vie de tous les jours.

A la vérité, si tout ne peut pas être dit, certaines choses doivent être dites parce qu’elles s’imposent pour la clarté dans les relations humaines. Souvent ce qui blesse n’est pas le contenu de notre expression mais bien davantage sa forme.

La forme trahit souvent nos dispositions intimes et quand une vérité n’est pas agréable à entendre, elle devient plus difficile à supporter lorsque la colère, le mépris, le jugement, la haine parfois se lisent dans les phrases qui la portent.

Car nos mots peuvent être lourds de sens mais encore plus lourds des humeurs et des sentiments de celui qui les prononce.

« Je suis homme et rien de ce qui est humain, ne m’est étranger » écrivait Térence. La forme, le style, la manière traduisent toujours cette part de l’humain, ces sentiments qui élèvent ou plombent le contenu de nos pensées.

Le style dit ce que les mots ne disent pas : les mots disent nos pensées, le style dit nos arrières pensées et en révélant toute la subjectivité de celui qui dit ou écrit.

A écouter les discours politiques, on constate souvent une indigence de neurones et une surabondance d’hormones… Mais l’expression doit-elle n’être qu’une affaire de neurones ?

La poésie sans l’émotion, le désir, la colère, l’amour serait aussi romantique qu’un formulaire du Ministère des Finances.

Alors où est le juste milieu, « l’humain » dont parle Térence ?

Dans l’élégance, peut-être ?

L’ascèse de l’écoute

Pascal écrivait : « Le moi est haïssable »… il y a des circonstances où cette sentence prend un relief particulier. Il faut croire que notre ego prend parfois une dimension démesurée quand, dans une conversation - (Oh les conversations téléphoniques du 1er janvier…)- l’interlocuteur monopolise la parole, expose ses malheurs, ses activités, ses mérites, ses différends et ne laisse pas le temps de répondre, indifférent à vous-même, à ceux qui vous sont chers et à ce qui vous intéresse.

De telles expériences nous interpellent sur notre capacité d’écoute. Les rencontres sont des moments d’échanges et de partage. L’harmonie ne peut naitre que de l’équilibre des parts respectives de ces échanges. Les monologues révèlent toujours un égocentrisme insupportable.

Aussi, se pose la question de la capacité d’écoute. Parler toujours, c’est s’écouter sans aucun intérêt ni attention pour celui à qui on s’adresse. Mais, même quand l’échange s’établit, l’écoute n’est pas aussi naturelle… Ecouter, c’est chercher à recevoir non seulement l’idée exprimée mais aussi la situer dans la pensée de celui ou celle qui l’exprime, dans son contexte affectif et psychologique. Sans doute est-ce une gageure car pour percevoir tout le contenu d’une parole, il faudrait être l’autre !

Cependant, pour tenter d’aller aussi loin que possible dans l’appropriation d’une idée qui n’est pas la nôtre, faut-il faire l’effort d’une attention véritable, d’une réceptivité à une pensée qui peut nous être étrangère, d’une disponibilité qui fait taire ce murmure permanent du moi.

Il nous arrive parfois d’avoir la chance de rencontrer d’authentiques « écoutants » qui ont la capacité de s’oublier pour recevoir une parole en plénitude. Ces « perles rares » devraient nous engager à une autre écoute… mais quelle ascèse !

Autre

Mon premier souffle

Ma première larme

M’ont été donnés par une autre que moi-même

Mon premier sourire

Ma première tendresse

Ont été donnés à une autre que moi-même.

Puis d’autres, beaucoup d’autres,

M’ont construit

Des milles pierres dont je suis fait.

Je ne suis que le tout de mille parts

Données par tous ceux qui ont mis

Une goutte d’intelligence dans mon esprit

Une miette de sagesse dans mon cœur.

Dans mon miroir,

J’aperçois la mosaïque des mille visages

Qui ont tissé mon histoire.

Mon visage est le visage de tous ces autres

Mon cœur est rempli par des sources venues d’ailleurs.

Il n’y aura plus dans le monde

D’autres visages identiques au mien

Mais dans des milliers d’autres visages

Il y aura encore mon visage

Dans des milliers d’autres esprits

Il y aura une trace de mon intelligence.

Dans des milliers d’autres cœurs,

Il restera une parole ou beaucoup de paroles

Que j’aurais laissé tomber

Comme des semences fécondes.

Ainsi nous ne sommes rien sans les autres

Et les autres ne sont rien sans nous.

Mais le monde n’est beau

Que des nourritures qui se partagent

Que des liens qui se tissent

Que des pierres qui s’assemblent

Que des lumières qui se transmettent

Dans l’éternelle et immuable continuité de la vie.

Bavards


Chacun connait une catégorie, ou plusieurs, de gens infréquentables, insupportables tant leur présence finit toujours par importuner.
Le bavard est une espèce assez répandue dont la caractéristique commune est le culte
du" moi". Tous les bavards sont inépuisables sur les sujets qui les concernent, qu'ils
parlent de leur personne, de leurs pompes et de leurs œuvres.

Le bavard ne donne pas la parole, il la prête et quand on la prend, il s’empresse de la
couper pour poursuivre son discours.
Lorsque le bavard vous accorde un temps de parole, ce n’est pas pour écouter. Il
poursuit son monologue intérieur et attend la première occasion pour reprendre son
discours à l’endroit même où il l’avait interrompu. Vous hasarderiez vous à lui parler de
votre santé ou de votre maison, il tranche impérieux : « C’est comme moi… » Car rien
n’étonne le bavard. Le moindre événement de votre vie lui donne l’occasion d’évoquer ce
qui lui est advenu dans de pareilles circonstances.
Le bavard ne garde jamais pour lui le secret qu’on lui confie. . Autant faire des
confidences à un haut parleur. Ne confiez jamais l’or de vos secrets à un bavard, il le
dilapidera autant par sottise que par vanité.
N’ouvrez jamais votre maison à un bavard, il en donnera les clés aux faiseurs de ragots
Les pires des bavards sont ceux qui ajoutent l’amnésie à la logorrhée. Ils resservent les
mêmes histoires agrémentés des mêmes commentaires.

Les variétés de bavards sont aussi nombreuses que les fromages

Le bavard pédago, ancien prof ou ancien instit, inconsolable de sa carrière d’enseignant,
intarissable de ses histoires de collège et de prof. Vous n’êtes pas son ami, vous êtes
son élève. Il ne vous parle pas, il vous enseigne, parfois il vous interroge : « Tu as bien
compris ? » et ne vous avisez pas à lui avouer que vous ne l’avez pas écouté, vous aurez
droit à une deuxième leçon.
Le bavard mystique. Il se présente le dimanche matin, une bible sous le bras et vous
parle de la fin du monde et de l’enfer alors que vous commencez à respirer les odeurs de
du rôti oublié dans le four.

Le bavard médisant. Aux costumes qu’il taille à tous les gens de son entourage, il
donne une idée de ce qu’il dira de vous à la prochaine occasion. Quand la médisance ne
suffit pas, il puise dans les suppositions calomnieuses. L’introspection et la remise en
cause ne sont pas ses vertus dominantes… Il semble se donner un brevet d’honorabilité
a contrario en dénigrant ceux qui n’ont pas la chance de lui ressembler !
Le bavard chauvin, vous voyez ce que je veux dire ! Les parisiens qui parlent de Paris, les
corses de la Corse et les marseillais, de la Méditerranée…
Le bavard mythomane. Pour paraphraser Victor Hugo, le bavard mythomane ne sert que
des. « histoires racontées aux portes de sa légende ». Il s’invente souvent une autre vie, un rôle où il tient les places d’honneur et des aventures fantastiques dont il finit par se persuader qu’il en a été le héros.
Le bavard hypocondriaque qui a souffert de tous les maux, a été victime de tous les
accidents, dévoré par tous les virus, connait tous les remèdes, jugent tous les médecins
et vous regarde avec commisération si vous aviez l’insolence d’une bonne santé.
Le bavard politique. Le moins sympathique et le moins crédible des bavards …Bavard et menteur, sans doute, mais volontiers médisant comme si les vices ou les carences de ses adversaires garantissaient sa compétence et sa vertu…Frontiste, communiste, socialiste ou umpiste, il cultive une dialectique manichéiste avec une confondante mauvaise foi et un sourd mépris pour ceux qui ne partagent pas ses certitudes. On s’étonne d’en trouver de modestes ; plus habituellement il se rengorge de sa suffisance surtout devant l’œil des caméras.
Le bavard nostalgique qui commence toujours son discours par « De mon temps… » car à notre époque, la société est immorale, les jeunes sont incultes, le gouvernement corrompu, les partis
politiques tous pourris…De son temps, le pain était délicieux, la cuisine exquise (surtout celle de sa mère …) et même la guerre n’était qu’une épopée qui révélait les héros.
Le bavard rigolo expert en histoires drôles, cocasses et parfois salasses. A la moue
gourmande qu’il affiche, vous devinez qu’il va vous raconter pour la centième fois,
l’histoire parfaitement stupide qui continue à le faire éclater de rire.
Le bavard plumitif, (cher à mon cœur) celui qui remplit des pages plongé dans l’illusion que sa littérature est séduisante…A la vérité, c’est le moins insupportable des bavards car personne n’est contraint de supporter ses livres ou ses articles…

Il y a enfin les papis-mamies bavards… ceux qui sont affectés d’une tendre subjectivité et d’une touchante mauvaise foi. Leurs petits enfants sont toujours les plus beaux, les plus drôles, les plus intelligents.
A ceux-là, on pardonne beaucoup pour l’unique raison qu’on se reconnait en eux.

Besoin d’une parole.

On dit que les moines sont enfermés dans le silence. Quelle erreur !

Les moines ne cessent de parler même quand ils se taisent. Le dialogue incessant qu’ils entretiennent avec Dieu fait d’eux les hommes les moins muets du monde.

Nous avons tous besoin de parler et d’être écouter. Quand la vie contraint à la solitude, c’est d’abord l’absence de parole, donnée, reçue, échangée qui est souffrance.

Une amie à qui je téléphonais un soir me dit « C’est la première fois de la journée que je parle à quelqu’un ! »

Terrible aveu d’un emprisonnement dans le silence.

C’est le silence qui fait la solitude. Ce perpétuel face à face avec soi-même sans l’écho d’une autre voix, sans une réponse à l’interrogation, sans la contradiction même qui est le signe de l’existence puisqu’une parole a été reçue.

Et qu’importe que cette parole soit riche ou ordinaire, imaginative et commune ? Je parle donc je suis. J’existe pour quelqu’un puisque mon expression n’est pas une voix dans le désert.

Sans lien avec les autres, nous n’existons plus.

C’est la parole qui nous rend vivants.

Osons donner la parole et la recevoir à tous ceux et de tous ceux qui l’attendent ;

C’est un acte d’amour authentique.

Besoin d’écrire

Une vie s’écrit parfois dans une langue étrangère… Des pages entières ont été rédigées dans une langue morte et il faut toute la patience d’un dictionnaire et d’une grammaire de l’introspection pour restituer des pans de vie obscurs.

L’histoire semble claire restaurée par la mémoire de dates, de faits, de personnages. Pourtant, cette histoire ressemble souvent aux ruines de Pompéi dont la partie visible cache une ville enfouie qu’une lente exploration met progressivement au jour. Il y a très souvent un éclat autobiographique dans nombre de nos écritures qui ne sont jamais des relations fidèles de notre vie et jamais des fictions.

L’écriture est une entreprise de fouille et de restauration de notre histoire et des sous-sols de notre moi profond. « Connais-toi» disaient les grecs… mais pour se connaitre, toute une existence ne saurait suffire. Les rugosités de notre histoire particulière nous ont souvent renvoyé le miroir intime de notre personnalité, parfois à notre corps défendant. Cependant pour mettre des mots sur des pensées et des sentiments qui semblent se dérober, le viatique de l’écriture révèle sa nécessité.

Mais l’écriture c’est le plaisir du découvreur, du traducteur, du sculpteur ou du peintre quand une idée encore grossière dans sa gangue d’approximation et d’imprécision se dégage et apparait sous le mot juste avec lequel elle va s’identifier. Chemin qui va de la boue à la pépite.

Les sentiments, les émotions ont souvent besoin d’être d’abord purifiés des brumes du monde inconnu d’où ils surgissent. L’amour, la peur, l’espérance, la joie esthétique se dérobent souvent de la cellule rationnelle où nous voudrions les enfermer et cependant, il nous faut bien les identifier par des mots, par une écriture, par un support matériel pour les exprimer dans leur force et leur beauté.

C’est alors que commence le merveilleux travail de l’écriture. Une approche d’abord timide pour décanter l’idée, un essayage de mots, l’apprivoisement d’un sentiment qui, comme un petit animal sauvage, refuse de se laisser domestiquer. Puis progressivement viennent les termes précis qui l’enveloppe et les phrases qui lui donnent vie et les vers qui appellent la musique pour finir par la naissance d’une part de notre cœur ou de notre intelligence, matérialisée, par une écriture qui sera la messagère aussi fidèle que possible d’une part précieuse et profonde de nous que nous avions crue secrète et inexprimable.

Dans ce parcours les chemins buissonniers ne manquent pas. L’attrait des images, la séduction de la musique, l’infidélité d’une mémoire encline à enjoliver le passé ou le refus inconscient d’une rencontre avec des événements désagréables nous offrent la tentation du mensonge. Le goût de la forme risque d’être un poison pour le fond.

Mais il arrive aussi, dans ce travail d’archéologues, de découvrir des trésors cachés. Des sentiments refoulés, une peine enfouie dans un volontaire oubli, un amour ou une haine assignés à résidence, un fait d’enfance oublié qui sous le travail de la plume jaillit alors que l’on ne l’attendait pas. L’écriture exhume alors ce joyau dans l’étonnement de porter sur lui un regard distancié, critique ou admiratif.

Il y a aussi les mots qu’on n’a jamais osés, ceux qui sont condamnés avant même d’être nés mais qui ne se sont jamais résolus à être chassés des rêves ou des fantasmes assoupis sous des chapes d’interdits. L’écriture seule dispose de la clé qui ouvre la porte de ces cages d’où s’envolent des oiseaux de paradis.

Il y a enfin l’écriture chant d’oiseaux qui se répondent, qui se séduisent ; l’écriture comme un appel au dialogue et au partage.

A quoi serviraient les roses sans amoureux pour les offrir

A quoi serviraient les textes sans lecteurs pour les découvrir, les partager et les aimer ?

Ecrire c'est semer pour récolter, c'est appeler pour quêter une réponse, C'est tendre la sébile du cœur, c'est attendre, espérer un écho, c'est inviter à la danse toutes celles et ceux que la musique des mots entraine dans la valse éperdue des échanges poétiques et des confidences...

Ecrire

Pourquoi semer des vers dans des champs de lecture

Et chercher tant de rimes qui peinent à s’accorder

Pourquoi sur le clavier, graver une écriture

L’offrir à tous les vents , sinon pour être aimé ?

Quand le cœur se dévoile sur des fils d’élégance

Quand s’affichent l’émoi ou le sombre tourment

Quand des mots écorchés confessent la souffrance

L’écriture est la quête de poètes mendiants

Ils espèrent que surgissent aux sillons de leurs mots

Des moissons frémissantes au vent du même émoi

Et que des chants s’élèvent en de lointains échos

Tout brûlants d’allégresse dans un grand feu de joie…

Ils espèrent susciter des vagues bienfaisantes

Gonflées par les embruns de ces désirs secrets

Qui s’éveillent au sel de saveurs enivrantes

Enfouies dans les sables de plages oubliées

Mais s’il ne fallait retenir qu’une raison d’écrire et la plus essentielle, ce serait le plaisir : plaisir de création, plaisir de traduction, plaisir de plaire, plaisir de regarder les fleurs qu’on a semées

De la bienveillance et de quelques vertus oubliées.

L’âge nous déshabille très progressivement de ce qui constituait notre colonne vertébrale personnelle et sociale dans le temps, de plus en plus lointain, de notre vie active.

Nous étions aides-soignants, infirmières, manipulatrices, cadres soignants techniques ou administratifs, médecins… La fin d’activité nous a réduits au dénominateur commun de « retraités ».

Peut-être que les actifs posent sur nous le même regard que celui que nous portions autrefois sur ces anciens qui revenaient nous voir.

La vie tourne ainsi les pages et notre erreur serait de vouloir être encore ce que nous ne sommes plus … mais l’âge nous rend sages ! Nous gardons cette lucidité qui rend évidentes nos limites, l’évaporation de notre mémoire, la rouille de nos articulations, notre perméabilité aux microbes et aux virus, notre résistance aux techniques nouvelles et la lente pesanteur de nos gestes .

La société nous range facilement dans la catégorie des inactifs , traduisez « des improductifs ». Nous devons lui rendre cette justice que nous ne ferions plus ce qui faisait notre quotidien.

Alors que nous reste-t-il après l’obsolescence de nos forces physiques et intellectuelles ?

Peut-être le goût de la vie et la volonté de remplir le temps qu’il nous reste, de nous cultiver, de regarder nos enfants et nos petits enfants comme nous n’avons jamais eu le temps de le faire, de donner encore ce qui manque ailleurs, de goûter les amitiés fidèles, de remettre les choses à leur place: tout ce qui paraissait important et qui s’est révélé dérisoire, dans le panier de vanités et, à portée du cœur, cette vertu qui enrichit ceux qui nous entourent en nous enrichissant nous-mêmes : la bienveillance.

Car il existe deux catégories de vieux : Ceux qui ronchonnent, bougonnent, critiquent tout, vomissent le progrès, sont nostalgiques de la lampe à pétrole et du bon temps d’autrefois

Et ceux qui ont trouvé ou retrouvé l’intelligence du cœur en gardant intacte leur capacité d’aimer ceux qui les entourent, de compatir à ceux qui n’ont pas eu leur chance, de ne perdre aucune occasion de s’émerveiller et de ne jamais juger le monde sans essayer d’abord de le comprendre et peut-être de découvrir qu’il n’est que le résultat de l’œuvre des générations qui l’ont précédé, c'est-à-dire de nous !

Et n’oublions pas… « Le temps qu’il nous reste à vivre est plus important que celui que nous avons vécu » !

Calligraphie

Est-ce parce que j’ai souffert depuis l’enfance d’une écriture détestable, que j’aime la calligraphie ?

Certains dessins faits d’une écriture arabe en dentelle ou des pages écrites à la plume d’oie me plongent dans l’admiration…

Je me souviens de l’envie jalouse que je nourrissais pour les cahiers de certains de mes condisciples du CE2, qui révélaient des qualités d’ordre, de propreté et de rigueur qui me faisaient largement défaut. Mes cahiers en disaient déjà long sur mon incompétence précoce à faire suivre les pleins et les déliés sur les carreaux millimétrés … Les pâtés émaillaient ma vilaine écriture et me valaient le sarcasme de mes maitres et le mépris de mes voisins de classe. Je m’appliquais pourtant, sachant que le jugement de mes parents et des institutrices de l’époque dépendait de cet art de l’écriture qui m’était étranger. Mais je n’y suis jamais parvenu et, l’âge aidant j’y ai renoncé. Devrais-je en déduire que mon écriture me ressemble, fantasque, anticonformiste, maladroite, brouillonne ?

A vrai dire, je peine toujours à écrire et l’heureuse invention de la machine à écrire et, plus tard de l’ordinateur, m’a libéré du pincement au cœur que suscitait le constat permanent de mon écriture désordonnée. S’il les circonstances me contraignent à me servir d’un stylo, je m’y reprends à deux ou plusieurs fois pour servir à mes correspondants un texte à tout le moins lisible.

Ma vilaine écriture me colle à la peau comme la bosse à un bossu mais, avec le temps, j’ai fini par me réconcilier avec mes hiéroglyphes leur trouvant même un certain charme et savourant la pensée de Nicolas Boileau : « Un beau désordre est un effet de l’art» !

Commémorations

Les commémorations nous rendent-elles meilleurs ?

Centenaire de la Grande Guerre, 70 ième anniversaire du débarquement en Normandie, 8 Mai, 11 Novembre et 14 Juillet…Jours de recueillement et de congé.

Devoir de mémoire ? Sans doute… mais qu’est-ce que ça change dans la pratique de nos vies quotidiennes et de nos comportements ?

Ne cherchons nous pas à nous laver de nos médiocrités actuelles dans le souvenir héroïque de ceux qui nous ont précédés ?

Les larmes et le sang que nous vénérons nous empêchent-ils d’être moins égoïstes, de ne pas pourrir la vie des braves gens en bloquant les trains dans les gares, les navires dans les ports et les avions dans le ciel pour des privilèges catégoriels, de penser et d’agir ?

Ceux qui sont morts pour la patrie ont fait passer l’intérêt général avant leur intérêt personnel au prix de leur vie. Cela a-t-il encore valeur d’exemple ?

A quoi servent les gerbes sur les tombeaux des héros de toutes les guerres si leurs descendants sont incapables de civisme, d’efforts, de vrai partage et de sens du bien commun ?

A quoi servent les défilés sur les Champs Elysées quand ceux qui les président, s’étripent, se haïssent, défont le travail de leurs prédecesseurs et dont les réformes seront défaites par leurs successeurs.

Quand les souvenirs des héros nationaux ne rendent pas nos contemporains, meilleurs, les commémorations ne sont que des bals de faux culs …

Cracher dans la soupe.

« Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça s’en va » disait Monsieur Chevènement.

C’était la parole d’un sage rompu la pratique de la politique.

Il me parait toujours décevant d’entendre ou de lire les critiques d’un ancien ministre qui a participé aux ors du pouvoirs , qui a partagé les responsabilités d’un gouvernement et qui « a fermé sa gueule » pendant le temps de ses fonctions ministérielles, se réveiller brusquement pour écrire tout le mal qu’il ou elle pense du chef de l’Etat et de la conduite des affaires.

Le besoin morbide de vider sa bile sans risques et a postériori révèle, à la vérité, un esprit médiocre plus enclin à aboyer qu’à se distinguer par sa contribution au bien public.

Chacun s’illustre par ce qu’il peut et ce qu’il peut révèle toujours ce qu’il est.

Culpabilité

Je me souviens de cette phrase de Madame Giogina Dufoix « je suis responsable mais pas coupable »

Responsable, je crois savoir assez bien ce que ce ça signifie. Toute responsabilité implique un responsable qui doit rendre des comptes et assumer son engagement quelle que soit sa part dans la réussite ou l’echec de son entreprise.

Mais la culpabilité ?

Voila une notion morale à géométrie variable qui dépend de la conscience de chacun.

Un même acte, un même comportement n’entraine pas un égal sentiment de culpabilité suivant le milieu social, les personnes, les lieux et les époques !

Quand des femmes sont lapidées pour avoir osé montrer leur visage, je pense que cet acte insignifiant pour des européennes peut susciter de la culpabilité …

Exemple extrême, je le concède mais certaines attitudes modernes auraient été jugées scandaleuses il y a un siècle !

Alors, existe-t-il des principes fondamentaux et intemporels qui devraient s’imposer à la conscience universelle ou la culpabilité n’est-elle qu’une réaction undividuelle aux normes imposées par la société dans laquelle on vit ?

La culture ?

Autrefois, une personne cultivée était celle qui avait fait ses humanités, avait appris le latin et le grec, fréquenté les auteurs français classiques et modernes et qui pouvait converser avec aisance sur tous les sujets.

Mais la culture se différenciait de l’information, en ce sens qu’elle ajoutait au savoir, un usage du savoir, une sagesse, un discernement, un équilibre de la pensée.

Un homme cultivé était un savant doublé d’un philosophe.

Notre siécle a produit beaucoup de savants . Mais l’extension des connaissances les a cloisonnés dans des spécialités dites pointues. Ces experts parlent admirablement de leur domaine de compétence mais semblent souvent infirmes lorsqu’on les égare dans des domaines qui leurs sont étrangers.

J’écoute régulièrement Michel Serre académicien, historien et philosophe comme j’écoutais autrefois Louis Leprince-Ringuet. Ces hommes ont une aisance et une profondeur dans leur discours qui nous rendent intelligents. Ils peuvent discourir de tout avec une simplicité qui permet d’appréhender les sujets les plus complexes en donnant le sentiment de l’évidence.

La multiplication et la complexité des sciences rendraient-elles exceptionnels les femmes et les hommes d’une culture universelle ? Serions-nous condamnés à ne rencontrer que d’éminents spécialistes enfermés dans leur expertise et à voir disparaitre les sages aux connaissances encyclopédiques ?

Dans quel monde vivons-nous ?

On parle souvent de fracture de générations. Cette idée m’est apparue subitement pertinente quand, discutant avec des jeunes, je me suis aperçu combien les valeurs qui nous avaient été inculquées depuis l’enfance leur semblent obsolètes, dépassées voire ridicules…

Je n’évoquerais pas certaines questions morales qui ne leur effleurent plus la conscience. Le bouleversement est si profond qu’on peut s’interroger à bon droit si la rigueur dans laquelle nous étions tenus en valait la chandelle…

Je dois constater que des principes dont l’évidence était aveuglante pour nous, sont désormais classés dans le domaine des vieilles lunes.

Parler de patrie leur semble surréaliste alors que nos générations ont subi des guerres qui firent des milliers de « morts pour la patrie »

L’exaltation des vertus du travail leur semble souvent un non sens tant l’obsession de l’épanouissement personnel à travers les loisirs et le temps libre est devenu pour beaucoup l’objet de leur principale préoccupation.

La responsabilité à l’égard de la famille et des enfants ne semble valable que pour autant la liberté personnelle de chacun n’est pas mise en cause gravement…

A l’évidence, le contexte social n’est plus le même ; le choix du métier qui était la préoccupation de nos 20 ans ne se pose plus de la même manière dans un contexte de chômage et il serait absurde de vouloir identifier notre monde d’alors et le leur d’aujourd’hui…

Pourtant, en arriverions nous à douter des valeurs fondamentales de notre enfance au constat qu’il n’en reste plus grand-chose ?

La bienveillance

Comme il est surprenant que des gens pourtant cultivés, intelligents, brillants parfois peuvent être dépourvus de bienveillance. Les autres ne comptent à leurs yeux que pour autant qu’ils s’y reconnaissent, qu’ils y lisent leurs pensées, leurs opinions, leurs valeurs. Mais que se manifeste une réflexion qui leur est étrangère, alors ils se montrent agressifs sans s’offrir la modestie d’un instant pour se dépouiller de leurs certitudes et tenter de découvrir au moins une parcelle de vérité qui aurait pu leur échapper.

A la vérité, la bienveillance est une intelligence du cœur, celle qui se fait humble avec les humbles, humiliée avec les humiliés, celle qui consent à entendre l’Autre, non du haut de ses préjugés mais de l’intérieur pour tenter de le comprendre au risque de partager son interrogation et de compatir à ses blessures, au risque de changer de regard.

Pour faire ce chemin, il faut parfois de l’ascèse mais alors quelle richesse de d’élargir son horizon à des sensibilités ignorées !

Il n’y a pas d’autre chemin de la sainteté que celui de la bienveillance qui est l’état permanent d’une authentique charité.

Enthousiasme

« L’enthousiasme se manifeste normalement de sa toute puissance dans les première années de notre vie » – Paul Coehlo

Le Pélerin de Compostelle

Je lisais cette phrase et je me demandais si j’étais encore dans les « premières années » de ma vie !

Je me suis souvenu de certains enthousiasmes d’enfant quand je sentais mon cœur prêt à éclater : la découverte des jouets dans les souliers de Noël, le départ de la gare pour retrouver ma maison après un trimestre d’internat ( j’avais 12 ans), l’annonce de mon succès au Baccalauréat …

Le baromètre de la vieillesse, la vraie, pas celle des millésimes mais celle de l’esprit et du cœur se mesure à sa capacité d’enthousiasme. Je me suis trouvé encore mille occasions d’enthousiasme : un film captivant, l’écoute attentive d’un concerto de Chopin, une conversation t chaleureuse , la joie partagée de l’enthousiasme des petits enfants, une belle idée à développer, un projet de voyage, une journée remplie de choses à réaliser…

Etymologiquement l’enthousiasme c’est être possédé par un dieu… L’idée est belle de se sentir possédé par un dieu pour en épouser la plénitude, la béatitude et la sérénité.

Et vous, vous sentez-vous encore possédés par un dieu ?

Dépouillement.

Mamie est partie en maison de retraite. On lui a expliqué gentiment qu’elle ne pouvait plus vivre seule, que sa mémoire était défaillante et, qu’à son âge, il était difficile de faire ses courses et de tenir une aussi grande maison…

Mamie a bien protesté un peu. Elle a bien tenté de prouver qu’elle savait être autonome. Elle a parlé des voisins si gentils, des services à domicile et de l’infirmière qui venait la voir si souvent.

Et de guerre lasse, elle a dit « Eh bien, faites comme vous voulez ! «

La maison est restée vide longtemps dans la pénombre des volets fermés, la poussière sur les meubles et les toiles d’araignées entre les cadres des photos jaunies.

Et puis la logique s’est imposée. Puis qu’il n’y avait plus de mamie dans la maison, la maison devenait inutile… elle aussi !

Une camionnette est garée devant la maison.

C’est le jour du grand dépouillement. On trie, on jette, on donne, on se partage.

L’opération est chirurgicale

Le nécessaire d’hier devient dérisoire. … Une histoire se termine, une page se tourne et cette histoire n’appartient pas à ceux qui sont chargés de faire l’inventaire de l’utile, de l’inutile, du précieux, du sans valeur, du trop vieux… On prend le meilleur, on donne l’usagé ou le démodé aux associations caritatives… pour les pauvres qui peuvent en avoir besoin.

A la fin de la journée, on fera le grand nettoyage pour effacer les vestiges des années de bonheur et les traces des cadres qui étaient pendus aux murs…

A la maison de retraite, Mamie a commencé à subir le même sort que sa maison.

Elle s’est sentie dépouillée de son autorité, de son indépendance… elle qui régnait chez elle en maitresse de maison.

Dépouillée de son espace, de ses amis, de ses parents dont les visites se distendent.

Dépouillée de ce qu’elle a été , sa profession, sa place dans la ville, dans les associations, de son rôle de mère, elle que ses enfants commencent à materner et à prendre les décisions à sa place !

Dépouillée de sa pudeur pour réaliser à sa place, ses activités les plus intimes.

Dépouillée de sa mémoire, dépouillée de ses forces !

La vieillesse est le chemin obligé de tous les dépouillements… Malheur à ceux qui n’auront pas appris les vertus de la pauvreté. Ils ne se consoleront jamais de voir s’évanouir les vestiges de ce qui fut leur dignité, leur fierté et souvent leur raison d’être !

Mais heureux seront-ils ceux qui auront acquis la sagesse de connaitre le prix chaque chose et d’avoir vécu sereinement chaque époque de leur vie sans la gâcher par ce qui a été ou par ce qui pourrait être !

Dérisions

Ce matin, sur RTL, on annonçait qu’un couple se disputait la garde du chien devant la justice.

Il n’est pas rare d’apprendre que des milliardaires américains ont légué leur fortune à leur chien. Le Monde publie parfois des avis de décès où figurent chiens et chats et quelques cimetières célèbres exposent des tombes somptueuses où « reposent » les dépouilles de chers amis.
Je sais l’attachement de nombreux amicaliens pour leurs animaux de compagnie et j’ai moi même versé un larme quand mon chien est mort… Mais n’y a-t-il pas quelque outrance à donner à des chiens et de chats, la place et l’importance réservées aux hommes.

Et pourquoi les chiens et les chats, alors que nos assiettes reçoivent quotidiennement des morceaux d’agneaux, de veux ou de cailles ?

N’en fait-on pas trop, parfois, alors même que des enfants meurent de faim dans l’Afrique sub-saharienne ?

C’était juste une réflexion en passant

De la discussion jaillit la lumière

Est-ce tellement certain ?

Quand des points de vue s’affrontent, ce ne sont pas des arguments qui s’échangent mais des certitudes a priori que chacun a fait siennes, c'est-à-dire que chacun s’est identifié à « sa » vérité. Au point de ne sentir désavoué, nu et sot, s’il venait à admettre qu’il s’était trompé.

Les discussions d’où jaillit la lumière sont celles qui sont échangées entre gens déjà prêts à changer d’avis, ouverts à d’autres pistes, d’autres intelligences, plus soucieux de la vérité que de leur conception.

Il faut pour cela une grande ouverture d’esprit en même temps qu’une totale humilité et l’exigence de ne débattre que sur des idées sans verser dans le jugement des personnes.

Pour se nourrir d’une vérité qui ne nous appartient pas, il faut d’abord se vider de toutes celles qui nous encombrent sans vraie recherche et qui constituent un obstacle à une idée nouvelle qu’il faudrait accueillir pour la raison élémentaire qu’elle est juste.

Sans des dispositions préalables d’écoute, d’accueil, d’estime de nos interlocuteurs, d’honnêteté intellectuelle pour reconnaitre comme vrai ce qui est contraire à nos opinions et de disponibilité à d’autres discours, la discussion est vaine.

Or, nous abordons toujours une discussion, bardés de nos opinions établies, de notre apriori, de nos préjugés, de nos appartenances… Nous allons à la discussion en conquérants alors que nous devrions y aller en mendiants. La discussion n’est pas un échange, mais est un combat où l’intelligence, la raison et la bonne foi n’ont pas toujours leur place. On ne cherche pas à comprendre mais à convaincre et les humeurs se substituent progressivement à la pertinence des idées pour se terminer généralement par des attaques ad hominem, aussi stupides qu’éloignées du sujet.

L’autre erreur consiste à vouloir traiter par le raisonnement ce qui relève de l’appréciation subjective. Tout ce qui concerne l’art relève d’une vision et d’une appréciation personnelle de l’esthétique. Chacun cultive un domaine singulier et changeant de ses goûts artistiques et musicaux et vouloir faire une analyse comparée de genres différents est au départ voué à l’échec.

La foi est aussi un de ces domaines étrangers au débat et seul est fructueux le témoignage d’une aventure spirituelle qui est simplement proposé sans recherche de conversion ou de prosélytisme.

Il est enfin un domaine où l’expérience personnelle chargée de souvenirs, d’émotions et de souffrances se heurte aux analyses cliniques savantes et péremptoires qui entendent juger des pans entiers de la vie d’une société, hors du contexte de l’époque dans un dessein préconçu et la contraction d’une longue histoire caricaturée en quelques pages nécessairement spécieuses et mensongères. Contre de telles positions dogmatiques, il est vain de tenter une discussion qui ne peut être que dialogue de sourds.

Dans ces cas là, de la discussion ne jaillit que le feu de la haine et des arrogances et le silence est la seule réponse, la seule sagesse.

*La dictature de l’opinion publique.

S’il est vrai que peu de choses nous appartiennent en propre que nous ne les ayons reçues et s’il est vrai que nombre de nos opinions, de nos conceptions nous sont des héritages de l’éducation, de l’histoire, de la religion et de la société, il est quand même contrariant de constater notre inclination à épouser les avis du plus grand nombre.

La liberté d’opinion inscrite dans la Constitution Française reste quand même un leurre. Elle nous fait prendre pour personnelle, un avis ou un point de vue longuement et insidieusement distillé par l’opinion publique, par les médias, par la dictature du penser correct.

Non seulement notre pensée, mais nos goûts eux-mêmes sont influencés par ce qui est convenable de trouver beau, ce qui est à la mode, « nouveau », « moderne », « tendance » !

Et de là, découlent les anathèmes induits qui couvrent ceux qui ne s’y conforment pas…

Même les anticonformistes sont d’une certaine manière soumis à la loi de la pensée commune en se singularisant par un comportement systématiquement contraire à ce qui se fait.

Mais comment penser et agir en se libérant des contraintes et des influences de notre environnement ?

Choisir un vêtement, le trouver à son goût, n’est-ce pas déjà s’interroger sur le regard que « les autres » vont porter sur nous ? Peut-on aimer une musique sans se référer à un certain conditionnement de notre éducation ? Et notre morale elle-même n’est-elle pas un héritage des principes reçus de notre éducation, voire du jugement des autres sur notre comportement ?

Car la morale elle-même change de mode ! Quand elle est plus permissive sur de nombreux points, elle devient plus intransigeante sur d’autres.

Alors sommes nous condamnés à nous conformer éternellement aux règles sociales de notre époque et de notre civilisation ?

Probablement. Notre seule liberté est dans la distance que nous pouvons prendre avec les dictats, dans le choix que nous pouvons opérer entre tous les extrémismes, à nous rendre indépendants des servitudes aveugles aux personnes ou aux groupes qui s’érigent en maitres à penser, en maitres à juger, en maitres à décider. Mais, c’est parfois bien difficile !

Dire tout ce l'on pense

Un ancien ministre déclarait : « Je pense ce que je dis et je dis ce que je pense »

A priori, on pourrait juger ce double axiome comme la profession de foi d’un honnête homme. A l’analyse cette affirmation est non seulement malhonnête mais stupide.

« Penser ce qu’on dit » est sans doute un signe de sincérité. Sauf peut-être que l’adéquation de la parole et de la pensée est un exercice moins simple qu’il n’y parait et que ce qui est dit voile toujours une part de ce qu’on pense.

Mais admettons …

Mais alors, « Dire ce qu’on pense » et en faire un principe est le propre des imbéciles.

Comment peut-on être assez fat pour estimer que ce qu’on pense est toujours digne d’être dit ?

Comment peut-on être assez grossier pour risquer de blesser par des jugements brutaux ?

Comment être assez outrecuidant pour imposer son opinion aux autres ?

Comment peut-on être assez primaire pour énoncer sans discernement tout ce qui nous passe par la tête ?

Comment être assez borné pour ne pas comprendre que ce qui peut être dit aux uns est tout à fait inconvenant pour d’autres ?

Comment être assez fou pour claironner des propos indignes ou provocateurs, même quand on les pense, sans en mesurer les conséquences ?

Le même ministre se montrait particulièrement servile dans ses rapports avec le Président alors qu’il pouvait manifester beaucoup d’arrogance et de grossièreté dans ses rapports avec ses subordonnés ou les partis adverses.

« Dire toujours ce qu’on pense » n’est pas signe de courage ou de franchise. La franchise consiste à dire ce qui est nécessaire, quand il le faut à celui qui doit l’entendre.

Les « grandes gueules » qui affirment de façon péremptoire « Qu’ils disent toujours tout ce qu’il pensent » ne sont que des menteurs et des irresponsables.

Donneur de leçons

Un petit livre de quatre sous qui s’intitulait « Indignez vous » aeu un succès retentissant. Pourtant, j’ai eu envie de dire à son vieil auteur qu’il était un « donneur de leçons » car ses indignations n’étaient pas les miennes et je sentais qu’il voulait me les faire partager ?
Lorsque j’écris un gentil ou moins gentil pamphlet sur le foot ou les commémorations, ne suis-je pas un donneur de leçons ? Aux yeux de beaucoup, sans doute et je peux en convenir. Mais où est la différence entre le droit à une libre expression et l’arrogance du donneur de leçons…

Essentiellement, me semble-t-il, dans une attitude de suffisance et un sentiment de supériorité et des propos que contredisent le comportement habituel du donneur de leçons.

Chacun à droit à la révolte, à l’indignation, au refus de l’inadmissible, de l’humiliation et de l’injustice mais pas à vouloir infliger en permanence ses connaissances, ses règles de morale, ses opinions aux autres.

Ces « Monsieur ou Madame je-sais-tout » deviennent insupportables quand ils mouchent ceux qui ne partagent pas leur certitudes. Quand, sur tout et à propos de tout, ils ne voient la vérité qu’au travers du prisme déformant de leur nombril.

On trouve toujours dans les paroles ou les écrits des donneurs de leçons de la condescendance et du mépris et la tacite référence à ce qu’ils ont fait ou ce qu’ils ont refusé de faire, aux relations qu’ils entretiennent avec les plus grands, les pls intelligents ou les plus sages…

Les donneurs de leçons commencent leurs discours par « De mon temps… » « A votre place… » « je n’ai pas de conseils à vous donner… « ou « Moi, je… »

Soyez certains que de leur temps, ils étaient aussi ordinaire ; qu’à votre place ils feraient la même chose et qu’ils ont d’autant plus de leçons à vous donner qu’ils commencent par affirmer le contraire.

Ecrivant cela, est-ce que je ne suis pas, moi-même un donneur de leçons ?

Faudrait que je me surveille…

Du bon et du mauvais usage des émotions.

Il y a parfois de la folie dans nos émotions. Les enfants devraient apprendre, dès le plus jeune âge, à choisir leurs émotions, à les contrôler quand elles sont trop fortes, à s’en repaitre quand elles sont belles, à les chasser quand elles polluent ou qu’elles peuvent être destructrices.

Nous tirons de nos émotions, le meilleur et le pire. Il n’y a pas de différence essentielle entre ce mouvement du cœur qui nous pousse à aimer et celui qui nous pousse à détester. Sans doute, les objets sont diametralement opposés mais à y réfléchir un peu, c’est quand même dans un élan du cœur que nous sommes transportés par l’amour ou la haine.

Pourtant ce qui les différencie vient de ce que l’amour illumine l’intelligence alors que la haine rend « bête » au sens propre du terme. Par quel phénomène, peut-on accepter de se dégrader dans des élans de colère , des manifestations de haine et de rencoeurs qui assombrissent la raison, nous rendent malheureux, parfois obsédés par la vengeance. Pourquoi faut-il rechercher l’apaisement dans le chatiment de celui qui nous a blessé ?

En quoi la peine du coupable peut-elle constituer un acte de justice ? En quoi la souffrance du criminel peut-elle apaiser celle de la victime ? Cette absurdité de la loi du talion est cependant le fondement de la Justice qui croit réparer un acte délictueux en soumettant le coupable à une « peine ». Pour autant, la souffrance de la victime sera-t-elle apaisée ?

On ne peut imaginer de société sans une justice qui chatie les coupables et beaucoup de justiciables se disent apaisés après un verdict sévère. On va même chercher des coupables dans des catastrophes naturelles imprévisibles pour satisfaire à ce principe bien encrée qu’il faut que quelqu’un paye…Et pourtant , à y bien réflechir, cette façon de vouloir guérir le mal par le mal ne me dit rien de bien , dans la surenchère de la haine et de la vengeance, c’est toujours le mal qui est vainqueur.

Du désir de plaire

S’affranchir du désir de plaire constitue souvent une manière d’affirmer son indépendance et sa liberté d’esprit. Une telle attitude ne manque pas cependant d’être contredite dans les faits et les comportements. En effet, nous sommes tous soumis au jugement de ceux qui nous lisent, nous écoutent ou nous regardent et , naturellement, nous conformons nos gestes, notre présentation, nos paroles et notre écriture à l’ approbation tacite, à une demande de reconnaissance, voire à l’admiration des personnes avec qui nous sommes en relation.

Ceux qui affirment leur totale indépendance à l’égard de l’opinion du monde qui les environne devraient en effet ne pas sourire, ne pas écrire, ne respecter aucune mode vestimentaire, ignorer les rapports amoureux, se montrer indifférents aux règles de courtoisie…Le souci d’élégance comme les expressions de délicatesse ne sont pas seulement des manifestations de nos qualités intérieures, elles sont aussi une volonté de donner de soi-même une image respectable et aimable, de susciter un jugement d’estime, d’attirer l’attention et le regard, de séduire peut-être.

Ce désir de plaire passe parfois par des manifestations surprenantes d’agressivité, d’anticonformisme ou de provocation qui n’en sont pas moins des désirs d’attirer à soi le regard et l’admiration.

L’écriture est en cela l’exercice le plus manifeste du désir de plaire. Quels que soient le sujet, le style, le genre littéraire ou la forme de l’expression, l’écriture est toujours un appel, l’éveil de l’attention, le souci d’étonner, de surprendre, de charmer, d’exister ailleurs que soi-même et de s’installer dans d’autres jardins que le sien.

Nous ne pourrions pas vivre sans miroir. Quand nous pouvons nous regarder dans le regard des autres et quand les autres trouvent un miroir en nous, un lien se crée qui nous libère de l’insupportable solitude.

Du féminisme

Nous ne sommes pas sortis d’une période ancestrale de mysoginie pour comprendre facilement l’exaspération des femmes de se voir réduites à un role secondaire et à des conditions injustes et subalternes.

Les femmes ont une essentielle légitimité à revendiquer un égale traitement, une égale dignité, un égal respect de leurs personnes, de leur travail, de leur place dans la société.

Les hommes gagneraient à reconsidérer les schémas éculés d’un machisme ringard, surtout quand il se résume à représenter dans leur phallus, le symbole qu’il jugent incontestable de leur supériorité.

Les propos gaulois qui fusent à la fin des banquets r ne révèlent qu’une indigence intellectuelle, spirituelle et morale libérée par un excès d’alcoolémie.

Pourtant, les femmes se tromperaient, enfin, certaines d’entre elles, en allant puiser leurs modèles dans les manifestations machistes marquées par la vulgarité, l’obscènité et la grossière suffisance.

Manifester nues dans une église au nom du féminisme est aussi lamentable que montrer son sexe pour prouver sa virilité. Si les femmes n’avaient que ce type d’argument pour faire valoir leurs droits au respect et à l’égalité elles feraient la démonstration qu’elles ne valent pas plus cher que ceux qui veulent les tenir en subordination…

Faut-il pour autant les battre en usant des mêmes arguments pour leur répondre ? La tentation de l’escalade et la réponse de la brutalité à la provocation imbécile nous éloignent de la civilisation humaniste nous les français nous réclamons volontiers et parfois de façon abusive.

Ce n’est pas en descendant la pente de nos réactions instinctives qu’on redonnera aux femmes et aux hommes le statut qu’ils espèrent et revendiquent… on ne devient pas plus humain en imitant les animaux !

Ecoutez moi !

L’exercice le plus familier de notre esprit est d’écouter ses voix intérieures, de suivre le chemin de sa pensée, de se complaire dans son opinion et de poursuivre un éternel dialogue avec soi-même.

Qu’advienne une autre personne avec la singularuté de ses gouts, de ses points de vue, il nous arrive de l’écouter de façon distraite et parfois, de la laisser parler pour continuer notre petit chemin et préparer à lui livrer notre réflexion sans prendre la peine de l’écouter.

Car , il n’est pas jusqu’à nos proches, nos amis, nos amours que nous ne soyons pas capables d’écouter. Cette affirmation peut être surprenante et cependant, je la crois vraie.

Qui peut dire que nous soyons totalement réceptifs à une confidence, à une souffrance, à une interrogation sans mèler à notre écoute le poids de nos préjugés, sans chercher à répondre avant d’avoir cherché à comprendre, sans ne cueillir que l’écume des mots sans aller au fond de ce qui est dit et souvent de ce qui est suggéré…

Les débats télévisés sont à cet égard affligeants. Les échanges sont absents. La volonté des débatteurs n’est pas de comprendre mais de confondre, de caricaturer la pensée de l’autre, de s’interdire de trouver dans ses arguments une parcelle de bon sens ou de vérité. Les spectateurs assistent au face à face de forteresses imperméables à tout argument de vérité ou d’opportunité au seul motif qu’il faut humilier l’adversaire.

Dans nos discussions familiales, et quelquefois dans les débats sur internet, ce dialogue de sourds leur ressemblent souvent.

Il faut en effet nous appauvrir de la carapace de nos certitudes et de nos a priori pour recevoir d’un cœur ouvert et d’une intelligence attentive un flot d’informations qui risquent de nous déranger. Non pas pour abandonner tout discernement, mais pour épouser une pensée qui n’est pas la nôtre, pour être sûr d’accueillir et absorber sans erreur, une expression nouvelle qui nous est étrangère.

Sans doute notre jugement ne se fera pas sans nous et sans le poids de notre histoire et de notre personnalité, mais au moins aurons nous ouvert le chemin de cette expression qui nous est offerte sans la défigurer par ces « défenses immunitaires » qui nous font juger et rejeter avant même d’avoir tout compris et bien compris.

Egoïsme légitime et merveilleux

« Aimer, c’est se donner, c’est s’ouvrir aux autres, c’est partager…. » Les définitions de ce sentiment sont inépuisables. Le contraire de l’amour, c’est la haine, l’égoïsme et toutes leurs déclinaisons qui traitent l’autre ou les autres dans une volonté de mal.

Pourtant, en y réflechissant, rares sont ceux qui aiment « à contre cœur » oserais-je dire !

Je ne connais pas d’expression amoureuse qui ne soit pas d’abord celle d’un amour de soi.

Aimer c’est découvrir dans l’autre ce qui peut remplir un besoin, une attente, un désir !

Les italiens expriment leur amour en disant « Ti voglio bene » «je te veux bien ou je te veux du bien » ; Les arabes, « Ti h’ab » « je te veux »… c’est donc bien une démarche d’attirance à soi qui marche l’amour.

Car comme imaginer cet acte authentiquement humain sans d’abord une relation à soi ? et comment imaginer qu’une démarche humaine n’ait pas pour objet un accomplissement de soi, une réponse à un désir.

Or dans l’amour, le moi est omniprésent et occupe la première place.

Tout expression amoureuse commence par « je » et , même si le bien de l’autre est prioritaire et demande des sacrifices , c’est encore par rapport à une force intérieure de soi que l’on agit et réagit.

Les actes les plus héroïques et les plus désintéressés n’existeraient pas sans l’accomplissement d’un devoir intérieur, d’un besoin d’estime de soi ; Pourquoi accomplissons nous, par amour, des actes qui nous coûtent, nous rebutent et nous déplaisent sinon pour être en paix avec nous-mêmes et nous épargner la mauvaise conscience ? sinon pour être heureux ?

Les saints qui disent aimer Dieu, ne cherchent-ils pas d’abord l’amour que Dieu porte à chacun d’eux ?

Toute notre vie a été et est guidée par la tension d’un équilibre intérieur qu’on appelle bonheur et qui nous fait réaliser des actes parfois difficiles parce qu’ils s’imposent à notre conscience, par conséquent à l’estime que nous devons à nous-mêmes.

Au fond, les actes gratuits n’existent pas. Dans les plus beaux gestes d’amour, il y a toujours un rayon qui nous renvoie à nous-mêmes.

Mais qu’importe après tout ? Si pour aimer les autres, il faut commencer par nous aimer nous-mêmes, que vivent ces échanges qui nous comblent en comblant les autres !

L’enthousiasme

C’est une plate évidence d’affirmer que, dans la vie, rien n’est plus évident, plus essentiel, que le bonheur?... le bonheur, un état de bien être, d’équilibre, d’harmonie qui comble nos attentes et répond à nos espérances.

Pourtant, notre quotidien est souvent gâché par des éléments qui sèment le désordre et trouble notre esprit et notre cœur.

Oh, je ne parle pas de ces événements graves dont nous avons quelque raison de supporter avec tristesse, chagrin et angoisse. Il s’agit plutôt de contrariétés qui s’invitent contre notre gré, de ces espoirs déçus, de ces ambitions sans suite, de nos coups de colère, de nos fâcheries…

Nous n’avons souvent aucune responsabilité dans la cause de ces mouvements du cœur mais nous en avons quand nous leur donnons refuge et que nous les entretenons.

Or, à la réflexion, nous nous apercevons que nous sommes heureux quand nous nous trouvons en harmonie avec l’environnement sociale, amical, familial, quand tout « baigne » pour reprendre une expression imagée, dans l’équilibre conscient entre nos attentes et tout ce qui nous entoure.

A condition de le vouloir…Je sais que cette remarque fera réagir mais je l’assume.

En effet, si nous sommes (parfois) impuissants devant ce qui nous arrive, nous avons la capacité de nous défendre de ces agressions en les relativisant, en leur donnant la place qu’elles méritent, en ne faisant pas « une perruque avec un cheveu » comme disait ma grand-mère.

Combien subissons nous de jours sombres pour des histoires de queues de cerises et pour ne pas avoir la force de mépriser des affaires sans importance, pour ne pas avoir l’intelligence de considérer que notre paix vaut infiniment mieux que des incidents que nous oublierons très vite et qui nous paraitront dérisoires quand nous les évoquerons plus tard.

Mais, ce qui est plus grave, c’est que nous manquons les rendes vous de l’enthousiasme.

Le bonheur n’est pas un état, c’est un mouvement, plus ou moins fort. Une émotion qui grandit, s’exalte, s’exaspère ou s’éteint. Si nous cherchons bien nous avons mille occasions de nous enthousiasmer. Il nous suffit de guetter la musique, l’intonation d’une voix, le mot inattendu, la lumière sur une peinture, une émission de télévision. Il suffit d’ouvrir son cœur, son âme et son esprit à tout ce qui peut les enflammer…

Le temps qui passe ne reviendra plus. Nous avons l’ardente obligation de l’illuminer d’heures paisibles à défaut de moments merveilleux !

L’expression

L’expression écrite, orale, artistique, musicale est la fonction la plus importante de l’intelligence humaine. Elle constitue aussi l’exercice le plus étonnant et le plus admirable de l’homme .

Sans doute, il ne sert à rien de s’exprimer si on à peu de choses à dire. Mais un esprit, si indigent soit-il , a toujours besoin de s’exprimer . Mais quand l’esprit ou le cœur sont dans l’incapacité de traduire une pensée ou une émotion, alors on comprend le gaspillage de richesses tenues secrètes pour n’avoir pas pu être exprimées, c'est-à-dire, au sens étymologique, « sorties » de l’esprit qui les contenait.

On doit garder un souvenir ému et reconnaissant aux professeurs de lettres qui nous ont appris à révéler nos pensées en nous exerçant à trouver le mot juste, l’expression fidèle, la forme stylistique adaptée et parfois à discourir de façon élégante pour que les mots soient en la plus parfaite adéquation avec la pensée ou l’émotion. Bien écrire ou bien parler n’est pas un privilège de riches ;

C’est offrir à ceux qui lisent ou qui écoutent le présent d’une expression juste de ce que nous ressentons et dont nous avons l’impérieux besoin d’extraire de notre esprit.

Nos richesses sont d’abord intérieures. Ce ne sont pas les plus grands écrivains, ni les plus grands orateurs ou les plus prestigieux artistes qui sont les dépositaires exclusifs des plus belles pensées et des plus profondes émotions. Mais eux ont l’avantage sur tous les autres d’ouvrir la porte de leurs richesses et de les offrir dans une expression que chacun peut partager.

« La femme est l’avenir de l’homme »

Dans cette phrase où est le sujet ?

La femme

Qui est la personne le plus important ?

L’homme !

En effet, peu importe qui est la femme et moins encore quel est son avenir. Ce qui est important c’est l’homme et son avenir et on est soulagé d’apprendre qu’il n’a pas à se soucier de son avenir tant qu’il y aura des femmes pour s’occuper de lui !

Voila une phrase qui est un modèle de machisme, qu’on cite comme une pensée de génie et qui ravale la femme au rôle de faire valoir de l’homme !

Il y a des jours où les poètes feraient mieux de rester couchés.

Flamboyance

Les étoiles pleurent des larmes de suie qui emmaillotent les vallées. Le silence intime une nuit de paix

Un soupçon de lueur blanchit la sinusoïde des montagnes en veilleuse attentive et éphémère

Des oiseaux somnambules crachent leurs cris d’effroi. Une chouette récite le chapelet binaire d’un rosaire d’éternité. Des ombres chevauchent le vent dans un souffle épisodique qui courbe les cimes des sapins. Un renard froisse les herbes sèches dans un suintement indécis ;

Une comète insolente griffe des graffiti sur un tableau noir pigmenté de lucioles.

Lentement, le dégel de la nuit sourd sous de fissures imperceptibles . La nuit se craquèle sous le marteau de l’angelus.

Une rumeur s’étire du fond de la vallée et réveille quelques cheminées qui fument leur première cigarette. Le ronronnement des scarabées mécaniques va grandir dans les arpèges au grè de lacets de la route. Les cloches des Salers réveillent les coqs prétentieux quand la première goutte de soleil coule du flanc de la montagne. La nuit se sauve perdant ses ombres qui fondent dans les derniers arpents engourdis.

Le sillage d’un long courrier découpe le ciel.

La création quotidienne du monde renait dans la flamboyance d’un nouveau matin.


Français de souches


Quand ils entreprirent de ressusciter des terres en désespérance, les premiers colons d’Algérie réveillèrent la hargne d’une nature jalouse et possessive : les marécages dérangés lâchèrent leurs moustiques, les cieux retinrent leurs eaux, les rochers brisèrent les socs et les souches séculaires s’agrippèrent aux racines et ne consentirent à l’arrachement qu’au prix d’éventrements béants et de cicatrices tenaces. Quelques générations plus tard, la terre d’Algérie, soumise mais rancunière, n’avait pas oublié.

A l’exil suivant, quand ils s’éloignèrent de leurs champs domestiqués pour s’égarer sous un soleil qui ne leur disait rien, les nouveaux colons crurent au miracle de terres sans souches et de cieux sans retenue. Quand ils se furent repus de printemps où les roses s’invitaient sans façon et d’automnes où les grappes de fruits courbaient les branches, ils ouvrirent les yeux sur d’insidieuses racines ancrées au cœur de leur histoire.
Un temps assoupies dans une glaise d’amnésie entretenue, elles projetaient des gourmands de fleurs sauvages mariées aux épines dune mémoire tenace. A la moindre ondée d’une évocation, à la musique d’un accent surgi d’une trop vive émotion, aux rides rencontrées sur des chemins de cimetières, insolentes, les racines surgissaient de paradis perdus, défiant le meuglement des sirènes de paquebots et les horizons qui s’évanouissaient dans des brumes définitives…

Certains extirpèrent leurs souches séculaires, jugées importunes et intempestives. Ils y préférèrent des accents locaux immunisés contre cette maladie exotique germinatrice de regrets et de chagrins. Ils se dispensèrent du deuil de l’Algérie de leurs pères, ayant fait l’économie d’un amour inutile et encombrant. Mais la plupart se greffèrent sur des souches locales dans une vivifiante invention de cépages où se conjuguaient le futur de leurs enfants au meilleur du soleil, de la terre et de l’histoire de leur Algérie éphémère et immortelle.

Quelques uns, à la fidélité obstinée, ne connurent que des vendanges acides cueillies dans les rocailles d’arpents rebelles. Ainsi, survit une Algérie insolite et fidèle, imaginaire et charnelle, douloureuse et féconde.

Revisitée, idéalisée dans le remord d’une découverte tardive, cette Algérie fondait le patrimoine immatériel d’un million d’exilés. Ainsi naissait une Algérie nouvelle dans l’obstination d’une tendresse insoumise, une Algérie sanctifiée parce que diabolisée, passée au meilleur crible en contrepoint des infamies et des mensonges, aimée sans mesure parce qu’injustement vilipendée, chargée d’images idylliques comme antidotes aux regrets obsédants.

Les mémoires apaisées ont fait scintiller des fraicheurs d’enfances dans les nuits d’exil . Des pas d’écoliers, des courses dans les ruelles embrasées, des cabrioles d’enfants ont rajeuni des mémoires crépusculaires. Des itinéraires poussiéreux promis au maquis de l’oubli ont ressurgi pour évoquer une autre Algérie que celle des professeurs et des parlementaires qui ont décidé que notre histoire n’avait rien de positif…

Celle-là demeurera vivante aussi longtemps qu’il restera des acteurs et des témoins d’une Algérie Française peuplée de gens honnêtes et passionnés , qui firent leur devoir dans l’attachement d’une terre qu’ils s’étaient mis à aimer ; aussi longtemps qu’il restera des écrivains pour faire vivre et revivre ces heures riches dans la simplicité de leur écriture et l’authenticité de leurs témoignages.

Le vent capricieux des opinions et de l’histoire saura peut-être abandonner quelques graines de vérité mais qu’importe l’Histoire si les histoires singulières, transmises de génération en génération, perpétuent une si belle mémoire.

Guy Bezzina

Connais-toi toi-même

« Connais-toi, toi-même »…. Vieille maxime grecque qui figure encore dans les sujets du Bac !

Recommandation que personne n’observe car chacun est persuadé de se connaitre très intimement…

Je lis parfois des messages qui se présentent sous un jour qui ne leur ressemble pas , avec une autorité et une assurance qui laisseraient entendre qu’ils ont fait le tour d’eux-mêmes et depuis longtemps.

L’exercice d’introspection semble inutile mais l’image que nous avons de nous-mêmes ne correspond jamais à celle que nous renvoyons à nos proches. Les psychanalystes , dit-on, nous aident à voyager dans notre moi profond. Je n’ai pas d’expérience de leur art, mais je doute qu’ils y parviennent.

Mais en fait, est-il bien nécessaire de se connaitre soi-même ? J’en suis pour le moins circonspect. Sans ces tendresses que nous cultivons avec notre « je », la vie serait-elle plus belle, plus vivable, plus agréable ? Oh, certes, à moins d’être aveugle et stupide, chacun connait ses péchés qu’il qualifie de mignons pour les transmuter en qualités…Pourrions nous nous aimer nous-mêmes si nous réussissions à nous regarder dans une glace de vérité ?

Combien de fois n’avons-nous pas refusé de nous reconnaitre ou de nous trouver présentables dans des photos de nous ?

Ce qui me parait plus vraisemblable, c’est que nous nous sommes constitué un personnage, ni tout à fait conforme à ce que nous sommes, ni tout à fait étranger, mais dont les vêtements semblent nous convenir, un alter égo infiniment plus convivial que le « moi » d’une rigoureuse recherche de notre vérité !

Et peut-être même que le personnage de notre paraitre à nous-mêmes et aux autres est infiniment plus sympathique que celui d’une identité réelle…

A vouloir s’arracher son masque, on risque d’en mourir !

Gros mots

Pourquoi cette envie de lacher des gros mots, de sortir des normes du langage chatié, de rire des propos grossiers dont les humoristes usent et abusent ?

Pourquoi ces mêmes humoristes ne dissertent que sur des thèmes sexuels, souvent grossiers et vulgaires et provoquent l’hilarité des spectateurs ?

Pourquoi cette chute dans ce qui est le moins propre suscite-t-elle une certaine délectation morbide comme s’il y avait du plaisir à franchir les limites de la décence et du convenable ?

Le spectacle que donnent certaines émissions de télévision est souvent constitué d’allusions douteuses, de références osées ou de jeux de mots graveleux … et cela plait, semble-t-il !

Pourtant, ce domaine ne constitue pas le passage obligé du rire et Raymond Devos ou d’autres pouvaient faire rire sans verser dans des histoires de fesses…

Alors le rire…que dit-il de nous ?

Il faudrait

Les personnes âgées, c'est à dire " nous", sont l'objet de toutes les sollicitudes, voire de toutes les sollicitations...

En fait, sollicitudes et sollicitations, procèdent souvent du même état d'esprit. On y reconnait le regard de celles et ceux qui ont quelques décennies de moins et qui prennent les plus de 70 ans tout à la fois pour des personnes nécessairement dépendantes, crédules et assez riches pour se faire plumer...D'ailleurs, les vieux ( que nous sommes ) ont trop d'argent et n'ont besoin de rien !

Ils nous jugent comme des sursitaires de la vie qui profitent de façon éhontée d'une retraite abusive, trop grassement payée sur leur dos.

Même si la plupart de nos jeunes chaperons sont peu intéressés par nos économies, ils se penchent sur nos cheveux blancs (du moins pour ceux qui en ont encore...) la musette remplie de conseils qu'ils prodiguent sans modération. Leur discours est ponctué de " Vous devriez", " Il faudrait que «, "A votre place."... car dans leur esprit, être vieux est synonyme de perte de jugement, de mémoire, de bon sens. Ils arborent l'arrogance de ceux qui savent, la suffisance de ceux "qui sont", face à "ceux qui ont été", la certitude de notre indigence intellectuelle et l'assurance de leurs indispensables conseils.

Il leur arrive même de nous prodiguer des paroles qu’ils réservent habituellement aux enfants…

« Allons, Monsieur Jean, il faut vous coucher. C’est l’heure du dodo »… ai-je entendu récemment dans une maison de retraite !

Il ne leur viendrait pas à l’esprit que notre ignorance de l’informatique et des techniques modernes ne font pas pour autant de nous des iroquois et qu’il nous reste de notre passé, des expériences et des connaissances dont ils auraient quelque raison d’être jaloux. Ils imaginent sans doute que l’âge nous a privés de la capacité de juger et de décider… Leur jeunesse toute provisoire leur confère des attitudes de riches à l’égard des pauvres que nous sommes devenus et leur trop grande bienveillance prend parfois des allures de gardes maternelles…

Ils se croient irrésistibles quand ils parlent de leurs vacances dernières mais si vous osez évoquer les vôtres en 1950, alors se dessine sur leurs visages le sourire obligé et compatissant qui trahit leur pensée : vous radotez...

Pour peu que notre voix soit chevrotante et notre pas, mal assuré, ils se croient obligés de parler fort imaginant sans doute que quelques décibels supplémentaires combleraient nos déficits supposés !

Malheureusement, la nécessité nous contraint parfois à nous rendre conformes à ce qu’ils imaginent et à feindre la reconnaissance pour des conseils dont on n’a rien à faire et qui nous font doucement sourire !

Quand Il leur arrivera de se trouver à notre place. Ils jugeront de la pertinence de leurs conseils, à conditions qu’ils s’en souviennent !

Peut-être qu’en d’autres temps, les avons-nous exaspérés en les assommant de « Fais pas ci », »Fais pas ça »…

Aujourd’hui, ils nous le rendent bien !

Les fruits de l’imagination…

Quand ils estimaient que ses copies ne répondaient pas aux canons de leur enseignement, ses professeurs parlaient avec mépris du « fruit de son imagination »… Hors la sourde et tenace rancune qu’il ne cessait de nourrir à leur endroit, il pensait encore qu’ils faisaient erreur.

Il n’était pas toujours imprégné d’un réalisme de banquier et, Dieu merci, il trouvait à son goût les fruits sauvages cueillis sur les chemins de son imaginaire. Il a longtemps cru qu’il était seul, une espère rare en voie de disparition en somme. Il avait fui les rationnels et les rationalistes, il avait évité les réalistes… Toute sa vie, il avait entendu cette antienne : « Soyez raisonnable ». Il n’avait jamais pu s’y résoudre. Dans sa candeur, Il s’autorisait à être l’idiot du village ne redoutant pas de faire des émules. Alors il s’est mis à écrire et à raconter ses histoires à dormir debout ou plus précisément ses rêves éveillé. Il alignait des vers sans prétention qui prenaient le rythme de ses battements de cœur. Puisqu’ il était un voyageur solitaire, il meublait ses itinéraires d’indicibles fantasmes, d’inavouables désirs et il refaisait pour lui seul un « meilleur des mondes » où les jours se taillaient à sa mesure. Les pays ressemblaient à ceux des contes de fées, les femmes ne pouvaient qu’être belles et gracieuses et le ciel ne se mettait à pleuvoir que quand il lui fallait un décor pour accompagner son spleen.

Il eut un jour l’impudeur d’ouvrir son écritoire à des inconnus qui se reconnurent. Ils lui disaient qu’il avait volé leurs sentiments pour y mettre des mots dans lesquels ils se miraient. Et naturellement, il avait ouvert, à son corps défendant, une boite de pandore d’où surgissaient des elfes et des fées, des magiciennes et des sorcières, des ogres et des chats bottés… Comme les rêves qu’il tentait de mettre en poésie hantaient de la même flamboyance ceux qui se miraient dans ses mots approximatifs, il eut la surprise de voir éclore un monde virtuel.

Dans ce monde, la vertu ne constituait pas la principale exigence, pas plus que les règles habituelles de convivialité, de courtoisie, de réserve, de pudeur. La face cachée des personnalités se révélait autant que leur face visible. D’une certaine manière, les acteurs de ce monde se révélaient dans la nudité et même l’authenticité de leur nature profonde, comme nos premiers parents au soir du péché originel. Tout était permis ou presque puisque sous des noms imaginaires, les acteurs de ce théâtre d’ombres révélaient ce qu’ils étaient autant que ce qu’ils voulaient être ou… paraitre.

Les tendres, les mufles, les amoureux, les aigris, les délicats, trouvaient un espace de liberté qui donnait libre cours à leurs penchants naturels.

Comme les contraintes de la vie réelle s’estompaient dans les effluves de l’anonymat, tout devenait démesure. Des graines longtemps étouffées devaient forêts tropicales, luxuriantes, sauvages, mystérieuses, aux fleurs éperdument belles, aux fruits délicieusement savoureux.

Ces fleurs ne se fanaient pas, ces fruits ne tenaient pas dans le creux de la main mais dans la pénombre des soirées solitaires, ils créaient un paradis qu’il serait imprudent de traiter d’artificiel.

L’intelligence se développe-t-elle avec l’âge ?

A 15 ans, le directeur de mon collège m’infligea, un matin, un pensum pour une de ces sottises qui sont les fruits confits de l’adolescence. Il s’agissait d’apprendre par cœur les 30 vers de l’Hymne au Soleil, d’Edmond Rostand avant le soir sous peine de ne pas partir en vacances.

Dans l’après midi même, je me libérais de ma peine.

Quand je constate l’état de ma mémoire, je n’arrive pas à imaginer qu’elle fut si vive, en des temps très anciens !

Pourtant, me souvenant du vide de mes réflexions d’autrefois, de leur superficialité, je me dis que l’âge, l’expérience, les lectures peut-être mais plus sûrement la confrontation avec beaucoup , m’avaient rendu … plus sage. Je n’ose pas dire plus intelligent quoique ?

L’évocation de ma jeunesse me donne toujours l’étrange impression que le lycéen, l’étudiant, que je fus, étaient sans doute sympathiques mais si différents de ce que je suis devenu. J’ai parfois honte de ce que j’ai dit ou fait à cet époque . Je me dis parfois « comme j’étais bête ! »

Plus encore ! Mes « valeurs » d’autrefois, mes opinions, mes goûts, mes affinités sont parfois à l’opposé de ce que je crois, de ce que j’estime ou de ce qui m’est étranger.

En un mot, je me suis transformé.

Je n’en déduis pas que je suis devenu meilleur mais tellement différent !

L‘intuition

Les rationalistes ne reconnaissent que la vérité qui est démontrée par la raison. Sans nier que la raison nous ouvre à la connaissance, je crois que nous ne pouvons accéder à certaines réalités que par la voie de l’intuition.

J’ai trouvé cette définition de l’intuition

« L'intuition est une perception rapide de la vérité. C'est la connaissance intérieure. C'est la connaissance traduite par un ressenti de nos cinq sens. Ce n'est pas une fonction de l'esprit conscient car, c'est rapide, sans résonnement logique, sans une pensée consciente. L'intuition est reliée à l'hémisphère droit du cerveau qui perçoit dans une vision globale holographique. »

Il nous arrive de pressentir, de deviner, de percevoir, de communiquer parfois, sans chercher à comprendre ou à a n a l yser. Cette connaissance s’impose souvent si fort, qu’elle en devient une évidence. Principalement des personnes qui découvrent entre elles de grandes affinités, peuvent ressentir réciproquement les émotions de l’autre et parfois deviner leurs pensées.

On réserve souvent cette qualité aux femmes… C’est vrai que l’intuition a besoin de finesse et de sensibilité pour … parler !

J’aime la poésie

La poésie est la musique d’une langue. Comme la musique, la poésie exprime l’indicible, traduit ce qui se sent, se devine, se désire, s’éprouve mais jamais ne s’explique.

Il n’existe pas une logique du cœur et pas davantage un raisonnement de la beauté. Pour s’exprimer, les sentiments ont besoin de l’harmonie des rimes et de la danse des vers, jamais de la mathématique d’un syllogisme

Alors quand la poésie s’envole, elle entraine derrière elle, des volées d’émotions, elle fait naitre ou renaitre des vagues de l’âme sans que jamais ne se dévoile le mystère de tant de beauté.

La poésie est une danse. Comme la danse, elle a besoin de la musique des mots, du rythme des vers, de l’harmonie des rimes. Elle va au pas lent des tangos amoureux ou au pas vif des valses endiablées.

Mais si l’on s’interroge sur le secret de ses sortilèges, on se trompe assurément en les cherchant dans les règles de la versification.

Car le secret de l’art poétique est tout entier dans l’art d’aimer. C’est de l’abondance du cœur que coulent les plus beaux vers. Les plus belles constructions resteront glacées si elles ne sont pas habitées par un feu intérieur qui s’appelle le désir, le chagrin, l’espérance, le merveilleux ou l’amour.

La mauvaise foi

Avez-vous remarqué combien une seule épice peut gâcher le mets le plus délicieux ?

On ne s’en aperçoit pas tout de suite. On trouve le plat artistiquement décoré ; les saveurs, exquises et nouvelles

Puis, apparaît un arrière-goût qui, comme une réflexion décalée dans une conversation, vient perturber l’harmonie des saveurs

Le charme est rompu. On cherche en silence ce « je - ne sais-quoi » d’étranger qui contrarie le succès.

Petit à petit, le vice se révèle au point qu’il ne reste plus rien que ce contre-sens du goût qui dément toute la construction culinaire et l’anéantit.

Il en est de même pour la mauvaise foi. Quand, sur les écrans apparaissent, des maîtres cuisiniers de la rhétorique maniant les arguments avec une dextérité de magiciens, l’esprit se laisse séduire par la virtuosité de leur esprit. Leurs réparties sont vives, parfois cinglantes. Leurs démonstrations sont convaincantes, le choix du mot est juste… jusqu’au moment où apparait l’arrière goût de la mauvaise foi. Il instille l’ombre d’un doute au détour d’un argument de trop, d’une réponse qui botte en touche, d’une affirmation impudente qui révèle le sectarisme.

Alors, le magicien devient saltimbanque. Sa superbe le rend ridicule. Aurait-il avancé une réflexion intelligente, une démonstration bien construite, il vient de perdre toute crédibilité parce qu’il apparait pour ce qu’il est : un malhonnête et un menteur.

Il n’est pas bon pour un militant syndicaliste, religieux ou politique de mettre une passion excessive dans sa foi au parti, au syndicat à la chapelle ou au maître à penser qu’il sert. Quand la barrière de la raison, de la logique ou du bon sens est transgressée, il ne reste plus rien de la flamme qu’il manifeste que les cendres de ses abus de langage et de sa volonté de tromper

La mémoire

Elle s’en va sans crier gare, comme l’audition. On s’en aperçoit à des petits riens. On cherche ses lunettes plus souvent, on arrive devant l’armoire et on ne sait plus ce qu’on est venu chercher.

Devant le distributeur de billets, le code devient une énigme ! Le pire, c’est quand vous rencontrez un vieux collègue de travail et que subitement son nom vous échappe…

Si au moins, on pouvait oublier aussi les mauvais souvenirs ? Non, ceux la sont tenaces, ils ne vous lachent pas.

Curieusement, les souvenirs les plus lointains se lisent avec force détails et une précision surprenante. Vous savez, ces souvenirs d’école, le premier rendez vous amoureux, les yeux bleus de la première fille ou du premier garçon, le nom de toutes les maitresses d’école.

Ne me demandez pas ce que j’ai mangé à midi mais je serais capable de vous réciter vingt fables de La Fontaine.

C’est vraiment désolant ! Enfin, ça sert parfois quand on n’a pas très envie de faire quelque chose d’embêtant et qu’on dit : « Oh excusez-moi , j’ai une si mauvaise mémoire… »

C’est ce qu’on appelle une mémoire sélective.

Mais au fait, de quoi je vous parlais ?

La meute

Les sentiments généreux manifestés à l’égard de l’étranger pourraient faire croire que
les notions restrictives de patrie, de nation, de peuple français voire de nationalisme se
sont dissoutes dans les nouveaux concepts d’ « Europe » ou de « mondialisation »…
Combien ne se déclarent-ils pas « citoyens du monde », effaçant d’un trait de mépris un
vieux sentiment d’appartenance à un pays, avec ses frontières, ses coutumes et son
histoire…
Les frontières ne deviendraient que des fictions allègrement effacées par les migrations
des plus jeunes vers des contrées prometteuses ou des pauvres vers des pays moins
misérables.
Et s’il advient quelque retardé pour brandir encore les valeurs de patriotisme et rejeter
les idées de solidarité, d’accueil des étrangers et de mixité religieuse, ethnique et
sociale, il serait catalogué à l’une des extrémités infréquentables.
Sauf sur les stades de football !
Dans ce lieu de tous les défoulements, le naturel revient au galop !
La marseillaise est chanté à tue-tête, les visages se peinturlurent des couleurs
nationales, les drapeaux tricolores sont brandis, le bleu horizon suscite des
tachycardies, l’objectif est de « battre « les adversaires et le jet d’un ballon dans des
filets provoque des hystéries de pleurs ou de joie, d’embrassades ou de colère…On
parle de victoire ou de défaite comme on parle de guerre
Et si les dieux du stade sont avec nous, les clacksons et les cris laisseront la France
éveillée jusqu’aux petites heures du jour.
A ceux qui craignent que les français ne perdent leur identité et leur chauvinisme dans le
bouillon européen ou mondial, je leur conseille de regarder un match de foot ou de rugby.
Ils y verront des citoyens du monde coiffés d’une perruque tricolore ou d’un béret basque
et aphones d’avoir hurlé « Allez la France » « Allez les bleus »
Et si la France gagnait la coupe du monde, on pourrait craindre un infarctus national !
Quand je dis "France" , je ne parle pas de 60 millions de français mais de 60 millions de
footballeurs dont la majorité n’a jamais traversé un stade !

La nécessité d’un coupable.

Chaque fois qu’arrive une catastrophe, la conscience collective recherche un responsable et si possible un coupable.

Il semble insupportable qu’un malheur arrive sans qu’on puisse désigner celui par qui le mal est arrivé.

Quand le phénomène est manifestement indépendant d’une volonté humaine, alors c’est vers les conséquences de ce phénomène que se concentrent les recherches de culpabilité.

Ainsi, un tremblement de terre qui est en soi indépendant de toute responsabilité humaine attirera les demandes d’explications sur la qualité des constructions, la rapidité des secours, l’organisation des recherches… et quand la mort survient, il n’est pas exceptionnel que les médecins soient accusés de n’avoir pas assuré l’éternité au défunt.

Autrefois, le fatum, le destin mettait un terme aux interrogations et la résignation n’en devenait que plus acceptable puisque, en absence de tout coupable, il était vain de mûrir sa haine et son désir de vengeance.

Il est dans notre nature de mettre un nom et un visage sur le mal qui nous frappe. Le hasard ou le destin sont insupportables sans une personne ou un bouc émissaire pour purger le mal.

Alors se pose le problème de la justice… mais cela est une autre histoire.

De la justice

C’est un sentiment étrange que celui du soulagement éprouvé lorsque le coupable ou présumé coupable est lui-même frappé par une punition. Cela ne change rien à l’affaire, le mal n’est pas nécessairement réparé, les victimes ne ressuscitent pas mais la seule idée que l’assassin soit tué à son tour ou qu’il croupira en prison pour le reste de ses jours constitue un apaisement que toutes les victimes exigent. La loi du talion semble être encore la référence et le fondement des institutions judiciaires qui n’ont guère trouvé d’alternatives à la prison.

Le pardon va à contre courant de cette logique de la vengeance ( ou de ce qu’on appelle justice pour exorciser ce sentiment) en effaçant la trace du mal sans exiger une peine réparatrice qui en fait ne donne que l’illusion de la réparation.

Mais le pardon a cet avantage essentiel, c’est qu’il guérit de la haine qui accompagne souvent la souffrance des victimes .

Il faudrait avoir la sagesse et le courage de tourner la page et de se libérer des métastases mortifères de la haine qui semblent s’acharner sur ceux qui sont frappés par le malheur.

Seuls ceux qui sont passés par cette épreuve peuvent dire combien cette ascèse est difficile même si ce chemin exigeant est le seul qui conduise à la paix.

Part du diable

Les vignerons appellent « la part des anges » les effluves d’alcool qui s’évaporent et montent au ciel pendant le vieillissement du vin.

Le vieillissement de notre mémoire subit un phénomène analogue mais ce qui s’en échappe aurait plutôt de quoi réjouir les diables.

La méchante piquette de nos rapports épineux et de nos relations pincées, les coups de gueules et les prises de bec, les colères et les vacheries, tout le vinaigre obligé d’une vie de service, d’atelier ou de bureau, s’évapore avec le temps. En mûrissant nos souvenirs perdent la « part du diable ». L’acide de la rancœur ou de la rancune s’évapore pour ne laisser que la part moelleuse et enjolivée d’une histoire qui s’est allégée de ses pesanteurs et bonifiée en ne gardant que le meilleur de la vie.

Les peurs, les angoisses, les humiliations parfois, ne sont pas oubliées mais le temps les a rendues vénielles, dérisoires parfois… Il arrive même qu’on regrette le mot cruel lâché dans un coup de colère.

Nos plus intimes ennemis se sont quelquefois convertis en de charmants convives et quand on n’en rit pas, on feint d’avoir oublié nos difficultés du passé.

On dirait que la mémoire même se fait complice de nos traités de paix tacites et nous fait survoler le cœur léger, le brûlis des conflits passés sans y retrouver la trace de nos insomnies.

« Ah l’heureux temps de la vie active » nous arrive-t-il de penser comme s’il n’avait été fait que de béatitude ! » ; « Vivement la retraite » disions-nous avant…

Comme nous nous trompions ; comme nous nous trompons.

Saurons nous un jour, prendre au collet le bonheur quotidien sans le chercher dans les mirages d’un passé recomposé ou les mirages d’un avenir meilleur. Saurons-nous comprendre enfin qu’il y a un temps pour tout : les humeurs pour pimenter la vie active, l’humour pour mettre du baume sur nos retraites .

C’était juste une réflexion en passant.

La sagesse

Le mot fait vieux. La sagesse va avec la vieillesse. On dit « un vieux sage » ; jamais un « jeune sage », comme si la sagesse appelait les rides et l’impuissance.

Or qu’est-ce que la sagesse et pourquoi l’idée semble-t-elle inconciliable avec la jeunesse, l’action et l’efficacité ?

Je crois que nous sommes naturellement enclins à suivre nos passions, nos instincts , nos pulsions et nos humeurs. Nous répondons plus volontiers à nos hormones qu’à nos neurones. La raison demande souvent du temps et nous sommes pressés. Pressés de réagir, de répondre, d’agir, de juger, d’aimer ou de détester.

Nous nous constituons une panoplie de goûts, d’opinions, de partis pris, d’avis tout faits qui dictent notre conduite et nos jugements. Nous ne vérifions jamais si le regard que nous portons sur les événements et les personnes sont « raisonnables » et s’ils correspondent aux critères de vérité, de justice, d’éthique. Sommes nous de « droite » que les opinions de « gauche » sont suspectes à priori et vice versa… Athées, que le fait religieux est méprisable…Nous sommes tous affublés d’un prêt à penser qui subordonne nos choix et souvent notre action. En fait, nous sommes conditionnés dès l’enfance à regarder le monde avec les lunettes de notre éducation, de notre histoire et de nos expériences .Cela constitue une richesse incontestable, une culture, mais parfois un handicap qui limite notre véritable liberté de penser et d’apprécier ce qui nous est étranger.

Alors en quoi la sagesse nous aiderait à trouver cette liberté de penser ? Sans doute en ce qu’elle contraint à donner à la raison, à la reflexion la priorité sur nos impulsions et nos a priori ; parce qu’elle nous oblige à fonder nos opinions sur des arguments solides et non sur des impressions ; parce qu’elle nous aide à nous défaire de nos certitudes pour porter un regard neuf épris seulement de la vérité et de l’essentiel, à relativiser ce qui doit l’être et, Dieu sait, combien il est facile de nous encombrer d’accessoires… car c’est bien en nous défaisant de ces mille choses inutiles et mensongères qu’on fait de la place à des beautés étrangères qui nous deviennent accessibles et que nous refusons d’accueillir précisément parce que nous avions décidé qu’elles étaient étrangères.

La simplicité

En le regardant à la télévision, je me demandais pourquoi cet homme politique m’était antipathique alors que je ne prêtais qu’une attention discrète à son discours.

En fait, son arrogance et son manque de simplicité me mettaient mal à l’aise. Manifestement, il s’écoutait parler, il voulait paraitre et assenait ses vérités de façon si péremptoire qu’il en devenait insupportable.

La simplicité et l’humilité sont décidemment les choses les moins partagées dans ce monde où la pesanteur du moi, de ce moi dont il a été dit qu’il était haïssable…

Le spectacle que nous donnent les femmes et les hommes en vue dans le monde de la politique, du spectacle, des médias, est affligeant par cette propension à se gonfler de prétention et d’orgueil.

La lutte est acharnée pour prendre la première place et le devant de la scène. Et les arguments pour abaisser et humilier leurs concurrents ne connaissent ni mesure ni respect.

Dans cette forêt de « m’as-tu-vu », se distinguent parfois quelques personnes lumineuses par leur savoir, leur gentillesse et leur simplicité qui prennent le temps d’écouter et de prendre plaisir au partage que leur offrent de plus humbles personnes.

Au fond, les orgueilleux sont des imbéciles. Non seulement, ils ne sont que ce qu’ils sont et leur volonté de paraitre ne les valorisent pas mais ils détruisent le capital de sympathie qu’on pourrait leur accorder par leurs allures suffisantes et volontiers méprisantes.

Il est d’ailleurs remarquable de constater que les gens de qualité, les savants, les sages, les héros ne se laissent jamais aller à des manifestations d’autosuffisance et laissent ces pantomimes à ceux qui croient combler leur indigence par le verbe et la gesticulation.

La sottise

On est toujours le plus gros d’un plus maigre, le plus beau d’un plus laid, le plus sot d’un plus intelligent…

Disserter sur la sottise est un art délicat qui suppose qu’on soit assez fat et suffisant pour juger la sottise des autres et en rire.

D’ailleurs, je ne connais personne qui se prenne en exemple pour rire de sa propre sottise ! Oh, il arrive parfois que dans un élan de dépit, on s’exclame « oh que je suis bête » mais cet aveu est rarement sincère et aussitôt démenti par un rire qui tente d’atténuer la gravité de l’erreur !

Il faudrait être particulièrement clairvoyant, modeste et doué pour confesser ses insuffisances et avouer ses propres bétises… A l’évidence, celui qui est capable d’une telle lucidité est déjà moins sot.

Après ce préambule , j’avoue que les sots, ceux du moins qui me dépassent en sottise, m’incommodent .

Il y a quelques années, on jouait « Le diner de cons » . Il est d’usage, dit-on, dans certains milieux parisiens, d’inviter à diner des connaissances particulièrement bêtes pour rire de leurs propos. Bien que la pièce retournait habilement la situation et plongeait les rieurs dans des ennuis sans fin, l’idée d’abuser de la crédulité de gens simples me met toujours mal à l’aise.

Car la sottise n’est pas l’ignorance, ni l’erreur. La sottise, celle qui fait rire est toujours liée à la prétention, à l’orgueil et à la suffisance.

Les élus , serviteurs des citoyens, qui s’enivrent du pouvoir et s’attribuent des succès qui ne sont dûs qu’aux idées et au travail de leurs collaborateurs. Quand ils se font pincer, c’est parce le pouvoir les a rendus stupides en leur faisant croire qu’ils seraient garantis d’impunité.

Les donneurs de leçons qui tentent d’abuser ceux qui les écoutent en ayant réponse à tout et en s’arrogeant le droit de faire la morale aux autres ;

Les nouveaux riches qui croient avoir trouvé dans la fortune les qualités humaines et la distinction qui leur manquent.

Les parvenus de la télévisions ou du cinéma…ces paons qui font la roue devant les caméras et croient devoir imposer leur vision du monde parce qu’un film les a rendus célèbres.

Les artistes au petit pied et au rire gras qui polluent nos écrans de leurs manières grossières et de leurs propos imbéciles…

Les has been qui sautent sur toutes les occasions pour infliger au premier venu le récit de leurs gloires défuntes et… supposées !

Car, au fond, la sottise est toujours vénielle quand elle reste modeste. C’est l’orgueil et la prétention qui la rendent insupportable et ridicule…

La vieillesse

La vieillesse n’a finalement rien à voir avec l’âge.

Etre jeune ou être vieux est d’abord une question de comportement, un état d’esprit, une manière d’être et de vivre.

Ah, sans doute, l’expérience et la vie modèlent nos habitudes et nos réactions. Mais ni l’expérience, ni la vie si longue soit-elle, ne nous contraignent à adopter des postures négatives, à scléroser nos points de vue, à verser dans un pessimisme systématique.

Etre vieux, c’est d’abord renoncer à vivre. C’est ne plus attendre, ne plus s’enthousiasmer, ne plus espérer, ne plus désirer. Mélanger l’essentiel et l’accessoire, s’accrocher le cœur aux détails dérisoires .

Laisser ses petits emmerdements polluer ses grands émerveillements

Etre vieux, c’est ne plus croire que « la vie qui nous reste est plus importante que celle que nous avons vécue »

Si nous pouvions mesurer l’usage que nous avons fait de capacités , de nos talents, de nos dons, de tout ce qui nous reste à découvrir, des émotions artistiques, des affections et des amitiés, nous saurions qu’il nous faudrait vivre mille ans pour en avoir fait le plein.

Si nous pouvions ouvrir les yeux sur les erreurs que nous commettons dans les jugements péremptoires que nous portons sur les événements et sur les personnes alors que par un effort de réflexion et une recherche sincère de la vérité, nous ne serions pas prisonniers de ces verdicts sans appel qui murent notre intelligence.

Quand on n’attend plus rien, c’est le rien qui remplit la vie.

Chercher une raison de vivre en regrettant le passé et en méprisant le monde actuel , est le plus sur chemin du désespoir.

Encore faut-il s’alléger des ses préjugés et de ses préventions et estimer que le temps présent est infiniment plus riche de découvertes et d’épanouissement qu’il le fut quand nous avions vingt ans !

Vieillir est un choix que chacun peut refuser, ce n’est pas une fatalité. La baisse de nos capacités physiques et intellectuelles réduit sans doute le champ de nos découvertes et de nos étonnements, mais il est tant de friches qui pourraient se transformer en jardins fleuris si seulement nous savions stimuler en nous le désir de vivre et de remplir nos agendas de projets et d’espérance…

L’aptitude au bonheur n’est pas un privilège… c’est surtout une volonté.

Le mur des cons

Le mépris que certaines castes nourrissent à l’égard des autres me parait constituer non seulement une faute impardonnable mais le signe d’une suffisance et d’un orgueil qui révèlent dans quelle estime d’eux mêmes ils se placent.

Les « cons », puisqu’il faut les appeler par leur nom, c’est les autres… ceux qui n’ont pas la même éducation, la même culture, la même origine, la même religion, ceux qui n’appartiennent pas au même parti… les administrés pour les élus, les subordonnés pour les chefs, les sans grade pour les gradés, les humbles, les ignorants, les justiciables pour les juges...

Dans les couloirs du Syndicat de la magistrature, un « mur des cons » a été dédié à tous ceux qui n’avaient pas l’heur de plaire à cette caste de la justice. Y figuraient d’anciens ministres, des philosophes, des journalistes et , comble de la muflerie, le père d’une petite victime, tous épinglés comme cons par des gens dont on attendrait un minimum de dignité, de respect, d’objectivité et de sens de la justice…

Il y a entre eux et ceux qu’ils condamnent pour abus de pouvoir sur des faibles, un point commun. Ils sont enivrés par leur titre et leur fonction et croient pouvoir en abuser. Comment croire à l’impartialité de magistrats qui affichent leur mépris de femmes et d’hommes qu’ils pourraient être appelés à juger ?

Habituellement, les abus de pouvoirs sont sanctionnés par les juges. Mais qui juge les juges ?

Alors faire confiance à une justice rendue par des gens qui affichent leur mépris des autres ?

On peut être réservé…

Les médias coprophages

Nous avons eu droit à l’affaire Strauss-Khan. Un régal pour la presse et la télévision. Une histoire somme toute assez b a n a le comme il doit s’en passer souvent dans les hôtels du globe ! Mais voila, le présumé coupable était un grand de ce monde et la présumée victime, une femme de chambre, noire de surcroit.

A la une des journaux télévisés et des quotidiens, le visage défait de l’accusé s’offrait à la gourmandise des lecteurs et téléspectateurs qui en redemandaient. Ah si seulement on avait pu voir la scène, si seulement un journaliste curieux avait pu se cacher derrière les rideaux ! Mais à défaut de faits vérifiés, on alimentait l’appétit de la crotte par des suppositions invérifiables et on fouillait les poubelles pour avoir le témoignage d’autres victimes consentantes qui avaient accepté les turpitudes dans le seul but (oh ! combien louable !) de nourrir une thèse de sociologie…

Gavés jusqu’à la nausée de récits salaces et de révélations scandaleuses, les français avaient passé un carême de jeune et commençaient à ressentir une petite faim d’un bon vrai scandale.

C’est Lucifer qui vient de les exaucer avec l’affaire Cahuzac !

Un ministre tricheur et menteur ! Voila l’aubaine. Une belle pièce de boulevard avec des anciens amis qui se lavent les mains et des ennemis amnésiques de leurs propres casseroles qui se présentent comme des parangons de vertus ! Les journaux se remplissent de détails mille fois rabâchés et les télévisions qui n’en finissent plus…

Maintenant, l’ancienne compagne du Président déverse sur le chef de l’Etat toute la hargne d’une femme bafouée. L’indécence est tirée à 200.000 exemplaires et plus d’un million de voyeurs et voyeuses se forgent une vertu à bon compte par le mépris affiché des meours présidentielles !

Mais pourquoi portons nous tant d’intérêt aux côtés les plus sordides de notre société ? D’où nous vient cette délectation morbide de faits ou de faits divers qui devraient nous pousser au contraire, à nous boucher le nez, nous fermer les oreilles et nous masquer les yeux ? Pourquoi ressentons nous une satisfaction à lapider ceux qui sont à terre comme si le mépris du coupable devait nous révéler plus vertueux ? Quelle différence entre les médias modernes et le « pollice verso - le pouce renversé » des romains dans les arènes qui demandaient qu’on achève les vaincus ?

Il y a sans doute en chacun l’illusion de l’ascenseur, celle qui nous donne le sentiment de monter en regardant un ascenseur descendre ou d’avancer quand le train d’en face recule…

« Indignez-vous » écrivait Stéphane Hessel… Comme il est bon en effet de s’offrir des indignations à bon compte pour oublier nos médiocrités domestiques et les problèmes plus angoissants de la planète !

On aimerait penser que nous chrétiens, nous distinguons des médiocres qui se vautrent dans cette boue de faits divers.

Hélas, je n’en suis pas sûr !

Les petites choses…

La sagesse nous enseigne de donner à chaque chose l’importance qu’elle a, non celle qu’on lui donne.

Notre vie es traversée d’événements graves et importants et de milliers de minuscules incidents qui passent aussi vite qu’ils sont venus mais qui dans l’instant, nous gachent la vie. Parfois, ils nous obsèdent et nous chaussent de lunettes noires qui nous empèchent d’apprécier des moments de paix et de bonheur.

Il n’est sans doute pas défendu d’être agacé, contrarié, peiné même par une parole malheureuse, un événement désagréable comme il est bon de se réjouir d’une visite inattendue ou d’un beau spectacle.

Mais se noircir le jour pour une affaire sans importance qu’on aura oublié le lendemain… quel gachis !

Or nous sommes ainsi faits qu’il est souvent difficile de remettre les choses à leur place et de relativiser nos ennuis quotidiens.

Alors, je crois qu’il faut savoir regarder autour de nous et considérer les soucis bien plus graves de ceux qui nous entourent… se dire qu’ils échangeraient bien leur sort contre le nôtre.

Si nous sommes capables de compassion et de réelle amitié, nous pouvons être capables de dissoudre nos ennuis par une attention plus soutenue à la peine des autres.

Les pseudos

Internet n’a pas inventé les pseudonymes. De tout temps des écrivains ou des comédiens ont pris le masque d’un nom qui n’étaient pas le leur et pour des raisons respectables. Des religieux ont aussi voulu renaitre sous le nom de saints sous la protection de qui ils souhaitaient se placer et le dernier pape lui-même, en choisissant le nom de François, a légitimé cette pratique bien ancienne...

Pourtant, cacher sa véritable identité n’est pas totalement neutre. Le pseudonyme est une sorte de double, un « autre » qui se libère des contraintes sociales pour apparaitre dans une autre personnalité qui est pourtant profondément la sienne mais démasque une face cachée qui , pour mille raisons, n’a jamais pu ou su se révéler au grand jour. Combien de poètes ou d’écrivains ont pu ainsi épanouir leur talent en se libérant de leur milieu dont ils redoutaient le jugement ou la condamnation…

Cependant, comme dans les bals masqués d’autrefois, les pseudos autorisent une liberté d’expression et d’attitude qui me semblent exiger au moins autant de retenue et de respect des autres qu’à visage découvert. Le risque du pseudo, c’est de croire qu’on peut échapper à la responsabilité de ses propos parce que rien ne viendra sanctionner les dérapages, les insultes, les grossièretés ou les abus de langage. La fréquentation occasionnelle de forums (hors d’Amicalien) me donne l’occasion de découvrir des sites où des internautes, garantis de leur impunité s’autorisent des commentaires où l’obscénité et l’agressivité le disputent au mensonge.

Je me demandais pourquoi, malgré quelques « accidents », certains sites échappaient habituellement à ce travers. Je crois que lorsque des échanges durables s’établissent entre des internautes habitués à partager, le masque du pseudo s’estompe et que se recréent nos vraies personnalités. Des liens réels se tissent comme dans un groupe et l’anonymat se dissout. Une relation authentique peut s’établir à la condition évidente que, par jeu, par malice ou par perversion, certains ne brouillent les pistes en revenant sous d’autres pseudos…

Alors, le pseudo devient un nom, le fantôme devient une personne. La pudeur s’impose, le respect est une exigence et l’estime des autres, une nécessité. La responsabilité de nos propos devient une évidence. Le virtuel est alors fait de chair et de sentiments et c’est bien ainsi ...

Les rites

Un récent sujet de discussion portait sur les rites. Les Fêtes de Pâques donnaient l’occasion à certains de renouer avec d’anciennes traditions alors que d’autres estimaient que ces pratiques étaient dépassées et bien loin de la modernité. On peut comprendre que les athèes et les agnostiques soient éloignés des rites religieux mais pour autant peut-on vivre en société et s’affirmer libre de tout rite ?

Franchement , j’en doute. Les rites ponctuent toute notre existence. Les fêtes, qu’elles soient religieuses ou profanes donnent sens au temps, aux saisons, à l’histoire, à la spiritualité, à la famille…Les rites sont le ciment de toute communauté, de la famille avec ses célébrations d’anniversaires, de deuils, de mariage, de naissances ou d’anniversaires… à la nation avec l’ensemble de ses fêtes nationales.

Comme les églises qui ont leur liturgie, nous sommes soumis à des signes permanents qui sont l’expression de nos rapports aux autres. Et ces gestes ou attitudes, sont marqués d’une signification propre à chaque culture, à chaque communauté.

Alors se passer de rites aurait pour conséquence de ne plus embrasser, de ne plus saluer, de ne plus serrer la main, de ne plus s’habiller de costume et de cravate, de bannir les uniformes les drapeaux, les monuments… et finalement de s’extraire de la communauté humaine qui est la nôtre.

Les rites sont le battement de cœur de toute existence, le repère indispensable dans le temps, l’enracinement à l’histoire individuelle et collective…

Vivre sans rite ? une gageur et heureusement …

L’honnêteté intellectuelle.

Notre époque étonnera toujours par les richesses intellectuelles dans les domaines les plus divers. Ce qui était réservé autrefois à une élite instruite est aujourd’hui ouvert à tous.

Le Pic de la Mirandole dont on disait qu’il était instruit de « tout ce qui peut être connu » peut être retrouvé sous des milliers de noms qui étonnent et séduisent par la richesse de leurs savoirs et la clarté de leurs discours.

Mais, il semble que les personnes dont on peut affirmer qu’elles sont « intellectuellement honnêtes » deviennent assez « exceptionnelles » tant la parole vraie devient rare dans les discours publics autant que dans les propos entre particuliers.

Les gens de gauche tiendront toujours un discours de gauche ; ceux de droite, un discours de droite.

Ce n’est plus la conformité avec sa conscience, son intime conviction et le souci du vrai et du bien qui guident les propos, mais ce qui est la ligne du parti, l’intérêt du groupe, la défense des intérêts corporatistes, le point de vue de son église… en un mot la pensée du clan.

On aimerait entendre des parlementaires de droite apprécier des mesures intéressantes de gauche ou des parlementaires de gauche voter pour des propositions utiles ou nécessaires de droite.

A la télévision, dans ce qu’il est convenu d’appeler des débats, ce sont toujours des oppositions systématiques manichéistes, des confrontations sans issue où la défense à tout prix d’un point de vue prime sur la recherche sincère du vrai ou du bien public.

Il n’est pas jusqu’aux positions personnelles qui ne soient entachées d’ a priori dictés par des sympathies politiques, raciales, religieuses, philosophiques, syndicales ou sociales…

Ne dire que ce qui semble vrai, ne défendre que ce qui semble juste jusqu’à la mortification de nos préférences et de nos sympathies… n’est-ce pas la première exigence d’un chrétien ?

Quand le Christ dit « Tu aimeras ton ennemi », n’est-ce pas, entre autres, reconnaitre à ceux qui ne sont pas de notre bord leur part de vérité, de lumière et de bonté ?

L’inflation des mots

Les mots ont-ils encore un sens quand on les gonfle comme des baudruches ?

Avez-vous remarqué, avec quelle facilité, on brûle de superlatifs absolus dans le langage courant ?

Faites vous l’appoint de vos courses que la caissière vous jette : « Super ! » dans ce grand magasin qui est devenu aussi un « Super-marché » , qui ne rivalise qu’avec « l’Hyper- marché » concurrent quand un troisième larron ne vient pas s’installer sous l’enseigne de « Géant » !

« Géant », c’est précisément ce qu’on entend couramment pour qualité un spectacle à succès.

Et si d’aventure, vous aidez votre voisin à réparer sa clôture, il vous gratifiera d’un « Génial » au coup de marteau final…

Mais c’est dans la publicité que où se déversent les flots de mots et d’expressions inflationnistes qui ne trompent plus personne mais semblent indispensables pour appater les acheteurs : « Extraordinaire » « Inoui », « Epoustouflant », « Jamais vu » « Incroyable » « Méga » « Giga »… et les plus athées de critiques littéraires ou artistiques qualifieront de « divines » ou de « diaboliques » les œuvres pour lesquelles leur indigence de vocabulaire ne leur aura pas permis de choisir l’expression nuancée qui s’imposait .

Et pendant ce temps là, la terre tourne comme à l’ordinaire ; comme à l’ordinaire on se tue aux quatre coins tu monde et un président normal court à l’ordinaire de ses besoins bien normaux.. . même si la presse en tire des revenus extraordinaires !

A force de voir des choses extraordinaires dans ce qui est ordinaire, même ce qui est extraordinaire, finira par devenir bien ordinaire.

La mesure

L’écoute et l’observation attentives des exubérances verbales des candidats à l’élection présidentielle me fait penser à un théâtre de boulevard où les acteurs forcent d’autant leurs mimiques et leurs effets que le public en redemande.

Regardez ces visages grimaçants, écoutez ces propos passionnels, analysez ces discours sans nuances et manichéens… Tout y est, la mesure exceptée.

Pourtant, la sagesse nous dit « In médio, stat virtus » (La vertu est dans un juste milieu) ou encore « tout ce qui est excessif est sans valeur ».

Je présume que ces mauvais acteurs prennent les électeurs pour des simplets et leurs outrances pour des arguments efficaces.

La mesure est pourtant le mètre étalon de la raison et de l’intelligence. Sortir de la mesure c’est entrer dans la démence de la passion où les pulsions font taire la raison pour exciter les sentiments les moins avouables des citoyens. Peut-on accorder sa confiance à un candidat ou une candidate qui se laissent aller à mentir par abus de langage, à orienter leurs discours pour abuser les auditeurs ?

En un mot, faut-il verser dans la caricature pour devenir crédible aux yeux des électeurs.

Faut-il les mépriser au point de les croire crédules et naïfs ?

Et pourtant, c’est à l’un de ces bateleurs d’estrade que le peuple français doit confier son destin !

Mille midis

Les mille midis de mon cœur n’entrent jamais dans des cartes postales. Le midi n’est jamais que singulier tant il est pluriel ! Il se soumet sans doute aux exigences du soleil et chaque midi est cousin de son voisin par ses cigales, ses pins et ses chemins caillouteux. Mais que les pas s’éloignent des tours grotesques qui prétendent toiser la Méditerranée et qu’ils grimpent vers les collines de Vence ou de Grasse alors le parfum de résine enveloppe le promeneur d’un voile aphrodisiaque et envoutant. Les cigales célèbrent la nonchalance et la lumière qui cascade des roches blanches vous éclabousse les yeux. Quelques lézards poltrons fuient sous les herbes sèches alors que des chardons béants sèment leurs anges à tous vents. Derrière, la mer immense donne aux villes côtières la dérision de leurs artifices immobiliers. Il suffit de quelques encablures pour qu’au revers d’une colline, un autre paysage se décline dans son éternité et sa modestie. La terre si pauvre se saigne encore pour faire jaillir des rayons infinis de lavandes et dans des enclos de pierres sèches poussent de rachitiques épis de blé ou d’épeautre… C’est vrai qu’il ne pousse ici que des pierres entre les quels la vie s’insinue dans des jaillissements de thyms, d’arbousiers ou de fenouil sauvage.

Les noms de villages sonnent eux-mêmes de cette pierraille : Escragnolles, Roquebrune, Roquefort ou chantent comme des cigales Peyménade, Magagnosc, Spéracèdes.

On croit déjà tout savoir du midi jusqu’au détour de Saint Auban… Le midi devient austère, grandiose. Les gorges du Var creusent des précipices devant les murailles alpines qui dessinent la frontière italienne.

Mille midis sur un territoire grand comme une principauté… Mille midis qui mériteraient mille Giono, mille Daudet, mille Pagnol pour en extraire quelques gouttes de ce parfum envoutant et inépuisable qui s’appelle La Provence !

Soifs

Ce sont nos soifs qui nous rendent vivants, dans le désir incessant du manque qui nous réalise. Car notre humanité nous crée inachevés en quête permanente du complément qui nous ferait aboutis…

Mais nous ne serons jamais arrivés, jamais achevés. Nous regardons le prochain horizon et il n’est que le mirage d’une terre promise. Et cependant ces lignes lointaines, ces feux sur la colline, ce soleil d’Orient, l’ombre du chêne promesse de fraicheur remplissent si pleinement notre espérance que le désir est déjà jouissance.

Etres de désir et c’est le désir qui nous rend femmes et hommes. Toute notre vie s’est passée à attendre et à désirer. Nous avons cru que le bonheur suprême serait au bout du chemin alors que notre bonheur était le chemin ; Nous avons imaginé que nous serions comblés dans la possession et nous avons vu tant de riches désespérés en réalisant le néant de l’or, en s’apercevant trop tard que ce qui a du prix n’est jamais ce qui est pris.

Le sel de notre vie est dans le pèlerinage, dans la quête du lendemain, dans l’incertitude de la découverte …C’est dans la promesse des fleurs que les fruits sont les plus beaux.

Les plus belles émotions sont dans la conquête amoureuse, dans la faim de l’inaccessible, dans l’attente de l’aimée. C’est le désir qui nous éveille, nous pousse au dépassement, nous anime et nous faits créateurs et la création elle-même n’est belle que de la force qui l’a fait naitre.

Quand les soifs sont étanchées et les désirs apaisés, c’est le printemps de nouveaux désirs qui nous rend vivants. Vieillir, c’est être repu, c’est ne plus rien attendre et ne plus rien désirer, c’est préféré les reliefs du passé aux premières lueurs du lendemain.

…Nous sommes des Sisyphe roulant inlassablement le rocher de nos aspirations… malheur si ce rocher se libère de la pesanteur de nos faims humaines et se satisfait de la cime ! Il ne nous restera que le vide.

Pardon

Dans le même temps que des enfants meurent à Gaza et en Israël, un homme est venu rencontrer une femme qui avait séquestré ses deux petites filles.

Je présume que ce père avait dû entretenir une longue amertume haineuse envers cette femme et qu’il avait vu dans cette rencontre une possible issue à cette douloureuse rancune.

Rapportée à soi-même, cette démarche semble impossible. Après une longue vie, des haines inassouvies trainent souvent dans nos mémoires. Le souvenir d’épisodes malheureux, voire dramatiques, réveillent en nous un sentiment de peine mêlé des ressentiments tenaces.

On semble contaminé par un désir de vengeance qui s’est imposé à nous, contre nous et malgré nous.

La voie la plus habituelle, celle qu’on considère comme normale, voire légitime, est la permanence de cette haine qu’on croit indissociable avec le souvenir. « Remember » « Souviens-toi » est-il écrit sur le mur d’Oradour. Mais le souvenir ne guérit pas et n’est pas suffisant pour retrouver la paix.

La paix ne vient qu’avec le pardon. Le pardon n’est pas un présent fait à l’ennemi, encore moins une faiblesse. Il n’est pas une démarche vertueuse motivée par une foi religieuse ardente. Le pardon est d’abord une purification de soi-même des relents mortifères qui nous habitent quand la haine est permanente. Pardonner, c’est se libérer de ce qui nous encombre et nous alourdit ; de ce qui nous interdit d’accéder à la paix et à la sérénité.

Je sais que ce que j’écris peut paraitre insupportable, révoltant peut-être, à ceux qui sont des victimes récentes d’agressions ou de crimes. Par avance, je leur demande de m’excuser mais je reste convaincu que le pardon reste la seule issue pour échapper à la spirale infernale qui nous entraine quand un malheur nous frappe.

Prêtres au chômage

Les débats autour du célibat des prêtres ou de l’ordination sacerdotale a occulté, à mon avis, un autre sujet important et douloureux… celui de ceux qu’on appelait autrefois avec un certain mépris : « Les défroqués », ces prêtres réduits à l’état laïc pour avoir rompu leur promesse de célibat.

Il sont des milliers en France et dans le monde.

La plupart sont mariés, pères de familles mais tous sont restés prêtres, riches de leur expérience pastorale et de leur vie conjugale, de leurs études théologiques et de leur compétence professionnelle, du sacrement de mariage et du sacrement de l’ordre…

Tous , sans doute, ne désirent pas retrouver le chemin de l’autel mais beaucoup continuent à vivre une vie de foi et garde un ardent désir de poursuivre leur engagement sacerdotal.

Un geste suffirait pour leur ouvrir les portes des églises qu’ils n’auraient pas dû quitter et les inviter à la moisson.

L’Eglise les réconcilierait avec leur vocation, les apaiserait et s’enrichirait de l’apostolat de ces ouvriers au chomage dont elle a tant besoin et de l’apport inestimable du vision du monde qui fait souvent défaut aux prêtres solitaires et célibataires.

Ce serait un geste audacieux et sans doute pas aussi simple qu’il n’y parait… mais porteur d’une si belle espérance !

Public – Privé

Il est convenu de distinguer la vie privée de la sphère publique pour lui accorder une liberté d’action et d’expression quasi-totale. Il est également convenu d’accorder à la liberté syndicale comme à la liberté de la presse, un champ assez large aux limites floues débordant sur les interdits opposés aux citoyens ordinaires.

Ainsi, un syndicat ne défend des propos infamants diffusés dans ses locaux (hébergés quand même dans un ministère d’Etat) au motif de la liberté d’expression et de la liberté syndicale.

Un autre syndicat, toujours au nom de la liberté syndicale, réclame l’amnistie pour des militants qui ont saccagé une sous-préfecture.

Pourtant quand des propos antisémites ou racistes sont échangés en privé, quand des images pédophiles sont visionnées en privé, quand des conversations à caractère terroristes sont tenues au téléphone ou par écrit, en privé, l’Etat par sa police et sa justice, intervient et sanctionne de façon autoritaire.

Ainsi l’intention manifeste de nuire, de salir ou de sévir suffit à franchir les murs du privé et à restreindre cette liberté individuelle de la sphère privée dans la quelle on pourrait se croire autorisé à tout faire, à tout se permettre, à se croire tout permis.

… et il faudrait être de très mauvaise foi, pour justifier des propos ou des actes délictueux au motif qu’ils font partie de la vie privée ou qu’ils sont permis par la liberté syndicale.

Les juges syndicalistes pourraient-ils se justifier pour des actes qu’ils sont appelés à condamner chez les autres ?

Je m’interroge…

Raison et passion

Sénèque écrivait « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va ».

A l’inverse, on pourrait écrire « Il n’est pas nécessaire de savoir où l’on va si on n’a pas de vent favorable »

Ainsi, passion et raison, sont intimement liés et solidairement nécessaires. De leur équilibre dépend le caractère humain de l’action et son efficacité .

Or, au lieu d’apparaitre complémentaires, passion et raison sont souvent perçues comme antagonistes. Les expressions courantes abondent dans cette conception . Le débat cornelien illustre parfaitement le sujet .

Pourtant, rien n’est plus merveilleux que l’union harmonieuse du corps et de l’esprit, de la raison et de la passion.

L’expression « Aimer à perdre la raison » peut apparaitre comme une trouvaille poétique superbe, elle n’en est pas moins insensée ! En effet, laisser un amour emporté par la passion sans que la raison veille est véritablement une folie et comme telle n’est plus un acte humain.

Notre discernement du bien et du mal, du beau et du laid, du juste et de l’injuste, du vrai et du faux n’est jamais une démarche purement intellectuelle ou purement affective… Tout acte humain fait appel aux deux aspects de notre être, indissociablement mêlés.

Le retour du Messie

Qui a dit que la République était laïque ?

En période électorale, la France entière retrouve les chemins de la religion. On pensait que la Révolution Française et le siècle des Lumières avaient banni les rites et les symboles religieux des pratiques républicaines. Même les plus irréligieux des candidats à l’élection présidentielle ne cessent de ressusciter une liturgie qui, pour laïque qu’elle soit, ne manque pas de rappeler celle de nos églises.

Des saints vénérés pour leur foi républicaine se sentent des vocations de messie, prêts à sauver le peuple de France de la damnation de la crise mondiale. : Saint Nicolas dont la fête précède immédiatement l’arrivée du Père Noël, deux Saint François qui s’adressent aux électeurs comme l’autre François parlait aux petits oiseaux, une nouvelle Jeanne d’Arc prête à bouter les anglais et autres étrangers hors de France, Saint Dominique brûlant d’envoyer son ennemi intime sur le bûcher de l’Inquisition et même Saint Jean (-Luc) auteur d’ une nouvelle et terrifiante Apocalypse de Gauche.

En chaque candidat, se révèle un messie qui va sauver le peuple de France ! Vieux messies de retour, femme-messie, messie de droite, du centre ou de gauche, tous proclament l’espérance d’un monde nouveau, voire du bonheur éternel !

Ils organisent des grand messes dans des super-cathédrales dédiées aux Dieux du Sport ou du Show-biz. Leur arrivée est souvent précédée de processions de fidèles qui portent des bannières paroissiales à l’effigie de leur saint patron. Les messies montent en chaire au milieu des alléluias de l’assemblée. Ils prononcent des homélies enflammées et interminables, brandissent la bible de leur programme, vouent aux gémonies les hérétiques de l’économie ou de la démocratie, répandent sur les fidèles l’encens de la démagogie et l’eau bénite de l’utopie.

L’une s’était même écriée « Aimons nous les uns les autres ! » dans un élan de bravitude à défaut d’inspiration du Saint Esprit …

Avec eux, va s’écrire la première page d’un Nouveau Testament. Leurs disciples distribuent aux fidèles de petits catéchismes qui contiennent les vérités à croire et les invocations à psalmodier : « Nicolas, François, Marine, Jean Luc, Dominique… Président ! »

Des enfants de chœur passent dans les travées pour faire la quête.

C’est toujours par le chant du Credo que se terminent ces grands messes : Credo de la Marseillaise ou Credo de l’Internationale, c’est selon, juste avant une communion apéritive.

Chaque messie a ses prédicateurs qui tentent d’évangéliser les sauvages de la France profonde. L’exégèse des programmes est confiée à des jésuites spécialistes des apparitions, qui interviennent dans les chapelles de la Télévision ou de la Radio.

Des « Savonarole» enflammés ne manquent pas de prédire la fin des temps en cas de victoire des suppôts de l’opposition.

Les messies sont parfois thaumaturges et réalisent des miracles. Arrivé après la mort clinique de l’entreprise Lejaby, un grand messie l’a ressuscitée sous les yeux édifiés des religieuses du couvent ; un aveugle nommé Photowatt, retrouva la lumière grâce à l’intercession de la bienheureuse EDF .

Ces saints hommes font souvent un pèlerinage, à Colombey les Deux Eglises ou à Jarnac, sur la tombe des illustres fondateurs de leur congrégation.

On assiste parfois à des conversions édifiantes. On cite le cas de deux paroissiens dénommés Christine et Hervé qui après consommé le schisme et embrassé une religion protestante, ont fait amende honorable et sont revenus dans la communauté de leur Maison Mère, vraisemblablement sous la promesse d’un évêché.

Bien évidemment, la nature humaine étant ce qu’elle est, certains apôtres espèrent bien revêtir la pourpre cardinalice et obtenir une place près du Souverain Pontife. Mais, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus !

Tous les candidats-messie ne ressusciteront pas le jour des Pâques présidentielles. La plupart auront arrêté leur calendrier au jour des Cendres. Un seul montera au 7 ème ciel ou fera retraite dans la cellule d’un yacht pour vite oublier des promesses qui n’auront engagé que ceux qui les ont crues.

« Souriez ! »

C’est l’invitation commerciale qui annonce que vous êtes filmé. Et pourquoi sourire quand un objectif se braque sur nous ?

Sans doute, parce que le sourire est la fenêtre qui éclaire en nous le plus agréable, le plus désirable, la face de notre charme et de notre bienveillance.

Oh, je les entends déjà, les ronchons qui parleront de sourire béat, de sourire stupide, niais…Oui, sans doute, mais à l’inverse les gens renfrognés, les visages fermés, les mal embouchés qui font la gueule !

Sans doute, il y a les sourires commerciaux dont la sincérité se juge au montant des achats que vous êtes susceptibles de faire, mais à l’inverse, les vendeuses qui vous ignorent, ne répondent pas à votre salut, manifestent leur humeur quand vous leur en demandez trop à leur goût !

Un sourire, c’est toujours l’annonce d’une disposition d’accueil, d’un désir, d’un partage. Un sourire , c’est le signe d’une confiance offerte, parfois d’une amitié, l’amorce d’un lien dont il ne tient qu’à nous de le saisir ou de le rejeter.

Il y a des personnes qui ne sourient jamais. Il est téméraire de conclure qu’elles sont austères et peu accueillantes mais quel malaise devant ces visages fermés comme devant une porte qui cache son mystère !

Il est même des sourires désarmants qui font fondre la colère.

Si le rire est le propre de l’homme, le sourire est le propre de la femme et ce qui fait sa séduction.

Alors, souriez, c’est l’été et la vie est belle !

Tête bien pleine et tête bien faite

« Choisir un bon conducteur qui ait la tête bien faite plus que bien pleine...qu'il sache lui faire goûter les choses, les choisir et les discerner, quelquefois lui ouvrant le chemin quelquefois lui laissant ouvrir. » ( Montaigne Essais chapitre 1.)

Montaigne a vécu au XVI me siécle. Sa pensée n’a pas pris une ride. Des têtes pleines, nous en rencontrons par milliers : diplômés de toutes disciplines à qui le savoir donne l’illusion qu’ils savent aussi penser. Mais tant d’intelligences se révèlent incapables de résoudre les problèmes de ce siécle ? Nous sommes saturés des prétentions de ces puits de science qui croient pouvoir gouverner les peuples et gouverner le monde au motif, ou plutôt au prétexte, qu’ils ont emmagasiné des titres mais il leur manque l’essentiel : une tête bien faite, le sens de la mesure, le respect du temps, le souci du bien commun, le recul nécessaire à l’objectivité… Les politiques en campagne me donnent souvent la nausée. Leur manichéisme révèlent en chacun d’eux une malhonnêteté foncière, leur démagogie démontre leur manque de courage. Tous sont intelligents, je veux dire qu’ils connaissent mille choses mais j’en cherche un seul qui soit un sage, respectueux du peuple qu’il ambitionne de gouverner, capable du courage d’annoncer des décisions impopulaires mais nécessaires. Je cherche un honnête homme et je ne le trouve pas.

Le tête de l’emploi

Notre apparence, notre visage , notre démarche disent-ils quelque chose de nous-mêmes ?

Sans en faire une science exacte, la physiognomonie* ne manque pas de nous intriguer.

Nous sommes tous influencés par les traits d’un visage. Sans rien connaitre d’une personne, son premier aspect nous suggère un jugement. Un visage doux, ingrat, des traits durs, un sourire séducteur, un regard expressif ou froid, un bon gros, une femme sèche, une bouche triste… mille expressions trahissent le lien que nous établissons naturellement entre une apparence physique et les qualités morales ou intellectuelles qui vont avec. Quand une personne inconnue nous est présentée, nous éprouvons nécessairement une première impression qui se confirme ou se dément mais qui s’impose à nous. On remarquera par ailleurs que les cinéastes choisissent presque toujours leurs acteurs en fonction de leur « physique » pour leur attribuer un rôle correspondant à un personnage , ce qu’on appelle « la gueule de l’emploi » !

Je suis aussi souvent intrigué par la notion de « charme » bien différente de celle de « beauté ». : » Il est beau mais n’a aucun charme » ou le contraire ! Il en résulte qu’une simple apparence physique peut déclencher une véritable attirance alors que la personne est totalement inconnue.

J’ai souvent été frappé de la ressemblance qui avait finit par s’établir entre les deux membres d’un vieux couple, comme si le partage d’un longue vie avait eu une influence sur leur expression naturelle !

D’ailleurs, ce sont nos expressions plus que nos paroles qui trahissent la haine, la colère, la joie, le bonheur, l’amour…

La relation entre le « physique » et l’esprit, les émotions, les sentiments est donc évidente mais peut-on « lire » une personnalité ou un caractère dans les traits d’un visage ?

Je donne ma langue au chat…

* »La physiognomonie est une méthode fondée sur l'idée que l'observation de l'apparence physique d'une personne, et principalement les traits de son visage, peut donner un aperçu de son caractère ou de sa personnalité. »

Tri sélectif

Nos problèmes n’ont que l’importance que nous leur accordons. Il n’est pas vrai que la gravité d’une situation, d’un souci, ou d’une peine dépende du fait qui les a créés.

Un même fait, léger ou important, a des retentissements divers selon les personnes, leur caractère, leur sagesse, leurs passions ou leurs folies !

En fait, nous perdons beaucoup d’énergie et de temps à nous affliger d’événements auxquels nous accordons plus de valeur qu’ils n’en ont et nous dilapidons nos capacités à être heureux en montant en épingle des réflexions, des attitudes ou des imprévus qui ne valent guère que le mépris de notre indifférence.

Les latins disaient « De minimis, non curat pretor », ce qu’on pourrait traduire de façon assez libre : « Les gens intelligents ne se préoccupent pas des choses insignifiantes ».

Tout est une question de hauteur de vue. Vivre, réfléchir, réagir au ras des pâquerettes contraint à donner du prix à tout sans relativiser la portée et la gravité de ce qui nous perturbe. Il suffit de monter sur la colline pour constater que ce qui nous écrasait dans la plaine devient petit et vain.

Cela ne signifie pas que rien n’est grave. Cela signifie que nous devrions réserver nos émotions et notre énergie aux situations qui changent profondément et durablement notre vie.

C’est lorsque ces événements arrivent, que nous pouvons mesurer le caractère dérisoire des soucis ou des conflits qui ont perturbé notre sérénité et blanchi nos nuits !

Le spectacle de la vie quotidienne est parfois désolant de médiocrité quand on considère la place démesurée donnée aux vanités, aux cancanages, aux médisances et aux chicanes alors que la vie nous laisse si peu de temps pour découvrir les trésors inépuisables à portée de notre intelligence et de notre cœur.

Les gens heureux sont ceux qui savent faire le tri sélectif entre ce qui en vaut la peine et qui les grandit et, les « déchets » des jours qui, par l’importance qu’nous leur accordons, peuvent nous réduire à la même insignifiance.

« Tu aimeras ton père et ta mère »

La Bible dit plus exactement « Tu honoreras ton père et ta mère et tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Nous sommes nombreux à avoir connu une enfance heureuse, entourés d’affection et de tendresse mais d’autres n’ont pas ce même regard.

Ce qui parait une évidence pour beaucoup, ne l’est pas pour d’autres qui portent en eux, souvent dans le silence et le secret, des blessures d’enfance et de souvenirs d’une mère ou d’un père qui ne furent pas des modèles de tendresse, d’intelligence et de justice.

Quelques aveux nous ouvrent sur des océans de détresse que l’âge n’arrive pas à apaiser.

Le jugement que nous portons sur nos parents reste parfois entaché d’images, de mots ou de comportements, peut-être involontaires mais durablement pernicieux...

Dans nos maisons de retraite, certains pensionnaires sont oubliés de leurs enfants. J’ai longtemps regretté ce que je considérais comme une ingratitude et une sécheresse de cœur mais quelques confidences m’ont appelé à des jugements plus nuancés.

Alors, doit-on encore aimer son père et sa mère quand l’héritage de l’enfance est lourd à porter ?

La mort à petit feu

Un message ami vient de m’ouvrir les yeux sur cette face cachée de l’humanité qui vaut bien mieux que les gesticulations de quelques folles qui brandissent leurs seins comme des fusils.

Je veux parler de la violence insidieuse et souvent silencieuse faite aux femmes dans le huis clos d’une relation conjugale. Ces femmes ne sont pas voilées, pas enfermées mais elles subissent la pire incarcération qui est celle de l’humiliation, du chantage, de la menace permanente, de la brutalité parfois, du ricanement et de la vexation et des coups gardés secrets parce que leur révélation risquerait de provoquer des dégâts collatéraux sur les enfants qu’on veut protéger.

Parfois mais plus rarement, ce sont des hommes qui subissent la dictature d’une furie qui abuse d’autant plus de son oppression que ces hommes sont des faibles préférant se taire pour ne pas être enseveli sous un tombereau de vocifération et de cris…

Cette violence n’est pas imputable à l’histoire, à la législation, à la culture… Aucune réforme, aucun gouvernement ne la fera disparaitre car elle est cachée au creux des relations conjugales, distillée comme un poison dans le quotidien et se durcit devant le constat que rien ne vient jamais la sanctionner. Les brutes qui en sont les coupables sont trop stupides pour mesurer l’indignité de leur comportement et se croient forts alors qu’ils ne sont que laches.

On dit qu’une femme meurt chaque jour sous les coups de son compagnon mais on ne parlent pas de celles qui meurent à petit feu d’un enfer dont elles ne savent comment en échapper.

Il fallait qu’à côté des caricatures d’un féminisme exacerbé soit évoqué un esclavage qui ne dit pas sont nom et qui éteint des vies dans le silence des victimes elles-mêmes.

La voix du silence

Devant l’expression d’un désarroi, d’une angoisse, d’une peine, nous tentons souvent de conseiller, de raisonner. Nous parlons , nous parlons, incapables de nous taire. Le silence nous paraitrait une trahison ou la preuve d’une indifférence.

Parler… oui mais pour dire quoi quand il n’y a rien à dire ? Et parler quand il n’y a rien à dire, c’est toujours pire !

Alors, il reste le silence affectueux qui n’est plus indifférence mais empathie.

Il reste le bras passé sur les épaules,

Il reste la main qu’on garde dans sa main.

Il reste le langage qui ne dit rien mais qui constitue la seule voix encore capable de réchauffer et de consoler.

Rédigé par Guy Bezzina

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M
Merci Guy de partager toutes ces richesses.<br /> Particulièrement appréciés : "dire ce que l'on pense" et l'article sur le féminisme...
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